Peter Von Kant

Actuellement au cinéma

Isabelle Adjani et Denis Ménochet © Diaphana

François Ozon choisit, pour la seconde fois de sa carrière, d’adapter en long-métrage une pièce de Rainer Werner Fassbinder. Si le parti pris de transposer l’intrigue au masculin fonctionne plutôt bien, faisant du personnage de Peter Von Kant un écho direct à Fassbinder lui-même, et transformant de fait le film en presque fragment biographique, c’est par sa théâtralité qu’il pèche. 

Les larmes amères de Petra Von Kant, avant de devenir un film de Fassbinder, fut une pièce, et c’est ce texte qui fut le point de départ du travail d’adaptation de François Ozon. Cette essence théâtrale imprègne la mise en scène, jusque dans une volonté de conserver, malgré l’adaptation, un univers très marqué 70’s – contemporain de la pièce, un décor clos très studio, et une certaine lourdeur du texte déclamé. Les comédiens s’en sortent brillamment, et bien que l’exercice de style fonctionne – on retrouve clairement à l’image l’hommage à Fassbinder en syncrétisme avec l’esthétique Ozon – le tout manque de la véracité dérangeante, de l’obscur pulsion de désir qui traverse l’univers iconoclaste du cinéaste allemand.

Si une certaine forme de théâtralité caractérise en effet le travail de Fassbinder, il s’agit davantage d’une esthétique, accentuée par le peu de moyens et l’utilisation quasi-systématique des décors studio. L’approche de fond s’attache elle à s’imprégner d’une certaine actualité. Les films de Fassbinder parlent explicitement de leur temps, certes d’une façon parfois détournée (on pense notamment à Querelle), mais profondément ancrée dans des problématiques de société. Cette adaptation balaye ainsi, peut-être involontairement, cet aspect du matériau d’origine. Pourtant, tout prêtait à une adaptation actualisée, cette histoire d’emprise du mentor sur l’élève dans un monde artistique a tout d’actuel. C’est peut-être aussi pour cela qu’Ozon a choisi de tourner l’adaptation en hommage biographique à Fassbinder, un hommage maîtrisé, dans un équilibre parfois périlleux quoique tenu entre originalité et reprise, mais qui perd aussi de facto le discours politique et sensible que Petra Von Kant tient sur son époque.

Peter Von Kant devient ainsi un vaudeville en costume plutôt efficace, mais finalement assez unilatéral, sans le sel, la douceur amère qui caractérisait son homologue féminine.

Peter Von Kant / De François Ozon / Avec Isabelle Adjani, Denis Ménochet et Stefan Crepon / France / 1h25 / Sortie le 6 juillet 2022.

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