La petite boutique des horreurs

Opéra Comique

© Opéra Comique

La petite boutique des horreurs se fait de plus en plus rare à Broadway ou au West End. À l’origine, la pièce voit le jour en même temps qu’une certaine remise en question du genre de la comédie musicale par le public américain. Trop violente pour les enfants et trop farfelue pour les adultes, c’est finalement au cinéma qu’elle connaîtra ses plus beaux succès : d’abord avec Roger Colman dans les années 60 puis grâce à Frank Oz dans les années 80. Si les moyens cinématographiques sont plus aisément maniables pour donner vie à une plante carnivore géante, c’était sans compter sur l’inventivité légendaire de Christian Hecq et Valérie Lesort.

Sur scène, une ancienne station essence devient une boutique de fleuriste. Un coin de rue qui semble déserté par les hommes est petit à petit gagné par une végétation inquiétante. Lesort et Hecq choisissent de replacer l’intrigue dans les années 60 : néons, devantures vitrées, costumes colorés et sonorités soul. À cette époque, les personnages de Fred Astaire et Gene Kelly laissent place à des protagonistes moins riches, moins charmants, moins beaux et moins intéressants. Lesort et Hecq n’hésitent pas à s’emparer de cette noirceur : alors que l’Amérique encourage le succès à tout prix, les losers de Skid Row vont l’obtenir, mais à quel prix ?

Cette triste banalité couplée à l’intrusion d’un merveilleux dangereux, Lessort et Hecq le mettent en scène sans privilégier l’un ou l’autre. Alors que souvent, l’intrigue fantastique prend le dessus sur cette chronique d’un quotidien malheureux, Lesort et Hecq offrent à la pièce un traitement scénique efficace et équitable. Le rêve de ménagère de Audrey illustré par des marionnettes à taille humaine d’une télévision, une machine à laver et un mixeur sont tout aussi magiques que celle d’Audrey II. L’association d’intrigues et de tons de l’œuvre d’origine est parfaitement transposée sur la scène de l’Opéra Comique. Mais il va aussi sans dire que jamais la plante n’aura été représentée avec autant de brio : grandissante et grossissante jusqu’à envahir la scène et engloutir ses personnages. Ces derniers sont incarnés avec panache par une équipe de comédiens convaincante. C’est pourquoi l’on peut questionner l’apparition sur scène de l’ensemble, en costumes assortis, qui effectuent de temps à autres des chorégraphies peu inspirées, comme pour combler un espace que les voix des protagonistes remplissent pourtant très bien. Autre léger bémol : la traduction qui manque souvent de justesse. Non seulement sa compréhension est parfois difficile – elle est soit trop littérale, soit trop éloignée du livret originel – mais elle entrave aussi souvent l’habile mélange de ton : une traduction trop enfantine infantilise les personnages et leur propos.

Malgré tout, parmi les récentes mises en scène de la comédie musicale, la proposition de Lesort et Hecq reste la plus marquante et la plus impressionnante. La petite boutique des horreurs prend vie sur la scène de l’Opéra Comique et réjouit indéniablement son public. Nul autre que Lessort et Hecq aurait pu lui permettre de s’éclore de la sorte et l’on doute que quelqu’un y parvienne de nouveau aussi bien !

La petite boutique des horreurs / Mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq / Avec Marc Mauillon, Judith Fa, Lionel Peintre et Damien Bigourdan / Du 10 au 25 décembre à l’Opéra Comique.

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 31 rue Claude Bernard, 75005 Paris ; 0630953176

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