La Passagère

Au cinéma le 28 décembre 2022

© Bac Films

Avec son premier long-métrage, Héloïse Pelloquet poursuit son exploration des amours contrariées. Chiara pêche aux côtés de son mari, Maxence est leur apprenti ; elle est charismatique et taquine, il a le charme et la répartie d’un jeune bourgeois. De cette relation déséquilibrée émerge une aventure amoureuse et sexuelle intense lorsque le mari de Chiara s’absente pour quelques jours.

Derrière ce récit assez classique se cache une mise en scène sensible et singulière. La caméra à l’épaule et les coupes franches nous font aussi bien ressentir la dimension physique de la pêche que la violence du désir naissant. Cet ancrage réaliste laisse parfois place à une certaine poésie, notamment lors d’un interlude presque abstrait au filmage pulsionnel où les futurs amants se cherchent sous la pluie battante avant de se réchauffer au coin du feu. Cette scène, sans doute la plus réussie du film, précède le tournant sensuel que la relation va bientôt prendre, dévoilant peu à peu les corps dénudés des deux acteurs. Héloïse Pelloquet se montre particulièrement douée pour varier les ambiances et évoquer des sentiments paradoxaux, à l’image de la première scène d’amour : le décor semble tout droit sorti d’un rêve mais la relation sexuelle est maladroite et immédiatement regrettée par Chiara. On quitte donc cette atmosphère onirique pour quelque chose de bien plus morose et réaliste, créant un très beau sentiment contrasté chez le spectateur.

Si une véritable tension émerge de cette attirance insatisfaite, La Passagère perd en intensité une fois que les amants se découvrent et se savourent. Le film enchaîne les séquences sensuelles réussies mais sans réel enjeu et s’épuise à force de jouer sur la seule corde de l’amour irrationnel mais irrésistible. L’épilogue broie quant à lui l’imagination du spectateur en concluant l’intrigue « comme il faut » : la morale est sauve et les personnages échappent à tout jugement trop sévère. Malgré cette fin un peu lisse, La Passagère est un joli vent de fraîcheur qui révèle une cinéaste au geste romantique et sensuel, capable de beaux allers-retours entre réalisme et onirisme.

La Passagère / De Héloïse Pelloquet / Avec Cécile de France, Félix Lefebvre, Grégoire Monsaingeon / France / 1h35 / Sortie le 28 décembre 2022.

Auteur : Corentin Brunie

Grand admirateur de Kieślowski, Tsukamoto, Bergman et Lars Von Trier, je suis à la recherche de films qui me bousculent dans mes angoisses et me sortent de ma zone de confort. Cinéphile hargneux, j’aime les débats passionnés où fusent les arguments de mauvaise foi. En parallèle de l'écriture de critiques, j’étudie le montage à l’INSAS et je réalise ou monte des courts-métrages à côté.

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