The White Lotus

Disponible sur OSC

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Le couvert est remis pour cette deuxième saison de The White Lotus. Un soleil éblouissant, des vagues de cristal et un volcan en éruption accueillent une nouvelle fournée de touristes américains, tous plus blancs et plus riches les uns que les autres. Une fois encore, la scène d’ouverture nous présente des corps entassés sur la plage de l’hôtel, annonce du drame qui va se dérouler dans ce paysage un peu trop idyllique.

La ressemblance s’arrête ici. Si la première saison confinait ses protagonistes dans un huis-clos anxiogène, désormais l’intrigue se disperse davantage. Dans ce décor sicilien, Mike White ne résiste pas à la tentation de rendre hommage à Scorsese, et la série prend un tournant plus dramatique, loin de l’attention aux petits soucis des protagonistes qui caractérisaient la saison un. Le plaisir cynique de voir des ultra-riches pris au piège de leurs excès est atténué ; ce ne sont plus tant leurs caprices d’enfants gâtés qui les tourmentent que des préoccupations bien plus courantes, comme l’amour et le sexe. Que ce soient les trois hommes, représentants de trois générations de sexisme, qui comparent leurs rapports aux femmes, ou les deux couples d’amis qui s’envient les uns les autres, l’obscénité de leur richesse semble avoir presqu’entièrement disparu du tableau.

La première saison nous agrippait dans un mécanisme infernal ingénieux : certes, les personnages étaient détestables, mais à force de la suivre, nous devions reconnaître qu’ils étaient humains, une admission qui nous faisait mal au cœur. En Sicile, c’est leur humanité qui prime, sans douleur conséquente. Leurs défauts sont moins nets, leur caractérisation plus floue, leur argent une réalité moins présente. L’écriture demeure cependant parfaitement tenue mais l’inévitabilité tragique de la première saison est perdue. Les rappels à la tragédie parsèment pourtant ce paysage sicilien, jusqu’à se faire trop présents. Rien ne sert de le dire, il faut le montrer ; or le scénario joue ici sur une corde raide bien plus lâche que la précédente.

Et malgré une Jennifer Coolidge toujours aussi époustouflante en milliardaire inquiète de la froideur de son mari, ou une Aubrey Plaza parfaite en épouse rigide et méprisante, ce sont bien les actrices italiennes qui permettent à cette saison de garder son intérêt. Simona Tabasco et Beatrice Granno jouent Lucia et Mia, deux travailleuses du sexe qui sont décidées à profiter de l’argent des vacanciers et accomplir leurs rêves. Vives, drôles, touchantes, elles se voient attribuer une profondeur qui manque aux autres personnages de la série et représentent la seule critique réelle de ces ultra-riches. Si elles n’avaient pas été là, on aurait pu croire que Mike White était tombé son propre piège, tant fasciné par la richesse et la beauté de son décor qu’il en aurait oublié son cynisme premier. Et la fin est en effet dénuée de l’écœurement à leur encontre que l’on éprouvait lors de la première saison : les personnages ne sont plus emprisonnés dans une cage dorée, mais préfèrent au contraire y rester bien à l’abri, loin du monde réel qui n’en veut qu’à leur argent. La dénonciation à l’acide des injustices de classe qui faisait tout le sel de la série s’est diluée dans le bleu de la mer sicilienne, mais il en reste au moins l’image finale, celle de Lucia et Mia marchant triomphantes et heureuses dans les rues de la ville, leur rêve enfin atteint.

The White Lotus / De Mike White / Avec Jennifer Coolidge, F. Murray Abraham, Adam DiMarco / Saison 2 / 7 épisodes / Disponible sur OCS

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