Furiosa – Une saga Mad Max

Festival de Cannes 2024

© Warner Bros France

La figure du conteur s’imposait constamment dans Trois Mille ans à t’attendre, ode à l’imagination filmée d’une main de maître par George Miller mais étrangement sacrifiée par Warner Bros et son marketing discret autour du projet. Deux ans et une nouvelle campagne promotionnelle maladroite plus tard, le génie a beau avoir pris les traits d’un vieillard mystique, Miller reprend ouvertement ce même goût pour la narration, le transposant cette fois-ci dans l’univers de Mad Max et imposant un déchirement avec l’épure scénaristique du magistral Fury Road.

Tout l’art de ce Furiosa – Une saga Mad Max ne relève néanmoins pas d’une simple démarche qui serait magiquement apposée sur la série, mais d’un constant sens de la déviation, par rapport à la saga et au projet lui-même. Au milieu de la gangrène hollywoodienne générale, où prequels et suites se chargent de broyer l’imaginaire du public en donnant corps à tout hors-champ, Furiosa pouvait laisser craindre un énième récit limité par son propre statut. Pourtant, Miller use du prequel non pas pour complexifier à outrance toutes les zones d’ombre de Fury Road et, plus précisément, du personnage incarné auparavant par Charlize Theron, mais s’autorise au contraire à divaguer.

Max n’étant plus là et l’issue de l’héroïne étant connue d’avance, le cœur du projet tient d’une envie de raconter le monde plutôt que l’individu. D’un war-boy nain maladroit jusqu’à une sorcière souterraine, les microcosmes de Furiosa fourmillent de détails et d’identités, prouvant à nouveau la capacité qu’a Miller à donner vie à n’importe quel personnage secondaire en l’espace d’un plan, au risque parfois d’en oublier son propre personnage principal.

Musiques quasi-absentes, montage diffus, découpage plus lent, séquences d’action moins présentes : là où Fury Road conviait tout un héritage dégénéré du western classique et du burlesque, Furiosa vient piocher dans une certaine forme de western crépusculaire et rappelle, jusqu’à son duel final anti-spectaculaire, le sentiment d’abandon contenu des films d’Anthony Mann.

L’antithèse avec son prédécesseur est donc d’autant plus forte qu’elle ne constitue pas seulement une posture déceptive mais un vrai sentiment de complémentarité entre les deux films, leurs pensées rétroactives du cinéma comme leurs parcours inverses de personnages. Le revers de la médaille tiendra alors pour certains dans cette inévitable comparaison, ce nouvel opus étant plastiquement plus inégal et étrangement rythmé que son prédécesseur, mais qu’importe car Furiosa a surtout et avant tout une identité propre.

De George Miller / Avec Anya Taylor-Joy, Chris Hemsworth, Tom Burke & Angus Sampson / 2h28 / Australie, Etats-Unis / Festival de Cannes 2024 – Hors-compétition.

2 réflexions sur « Furiosa – Une saga Mad Max »

  1. Formellement irréprochable, toujours mené de main de maître par Miller et son fidèle chef op’ John Seale, il me semble néanmoins bien moins passionnant que « Fury Road » et son attelage de fugitifs, sa fuite vers l’inconnu et son retour tonitruant. Miller, en choisissant de faire un prequel, saut que le cap est fixé et perd la dimension exploratoire du récit. Le repli stratégique vers l’origin story sous forme de chronique mythologique rejoint des contenus balisés, peu passionnants, et peu aidés par des acteurs sans vrai charisme. Dommage.

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