Le mystérieux regard du flamant rose

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution

Une légende agite les habitants d’un petit village minier du nord du Chili. C’est au début des années 1980, alors que Pinochet dirige le pays d’une main de plomb à des milliers de kilomètres au sud de notre village. Là-bas, cohabitent mineurs bourrus et une troupe de cabaret queer. La plus jeune, Lidia, 11 ans, vit avec sa mère Flamenco, l’une des nombreuses artistes de la troupe. Lidia fait les frais de la légende. On raconte qu’un seul regard de l’une des membres du cabaret peut transmettre une maladie mortelle. Au milieu du désert chilien, la troupe devient alors la cible des peurs et des fantasmes.

Incertain regard

C’est un mystérieux regard qui est donc à l’origine du film. Celui de Flamenco, porteuse de la maladie et supposée première propagatrice de ce fléau dans le village. Corps fluide, ne revendiquant rien d’autre que de se mouvoir librement dans l’espace, Flamenco est doublement retenue. Par sa maladie d’abord, fiévreuse et blême, il lui faut quitter le lit, non sans peine, pour entrer dans le film. Mais aussi par les conventions. Assez vite, il est sous-entendu que loin des regards, des histoires d’amours et de désirs habitent le village. C’est ici que se joue la partie la plus intéressante du film. À savoir, la circulation du désir dans un lieu dénué de tout érotisme et où l’exploitation des terres et des corps règne depuis des siècles. Une idée intéressante que le réalisateur développe dans une jolie scène où Lidia et son ami, s’enfonçant dans les collines, découvrent sur les parois rocheuses des dessins d’amour millénaires. Sur cette terre, avant nous, des gens ont aimé, pensent alors Lidia et son ami.

Malheureusement, nous ne saurons que très peu de ce territoire et de ses souterrains miniers, le réalisateur préférant rester à la surface. Comme bien souvent, le problème est une question point de vue. Lidia est notre regard. Ne sachant comment se positionner par rapport à la légende qui entoure sa mère, elle cherche la vérité. Si, assez rapidement, le spectateur comprend que cette légende n’est qu’une façon détournée pour nommer le VIH qui pénètre dans le village, Lidia devra attendre tout le film pour trouver réponses à ses questions. Son incertain regard est d’abord beau à accompagner dans ses hésitations, mais, guidant trop souvent la main de son personnage, le réalisateur finit par en épuiser le potentiel poétique.

Ce regard de jeune fille nous prive donc d’un contexte social que le film ne fait que survoler. Les collines, le paysage et les petites habitations de fortune n’évoquent, dans l’œil du réalisateur, que des rêves cinématographiques. Le western est alors convoqué par les cadrages et la musique, mais cela dépasse rarement le stade du clin d’œil. Dans ce village minier donc, pas de patron, et peut-être pire, pas de mines. Cet effacement de la réalité sociale se concrétise d’autant plus dans un étonnant revirement relationnel entre les mineurs et la troupe du cabaret. Sans raison évidente, alors que la violence était prête à éclater, le désir surgit et tous et toutes laissent libre cours à leur attirance mutuelle. L’utopie est séduisante. Son exécution, quant à elle, peut étonner.

Prix Un certain regard au festival de Cannes 2025, Le mystérieux regard du flamant rose est donc un film qui traite, de biais, la propagation du VIH dans un lieu qui semble coupé du monde. C’est peut-être cette fissure qui ne permet pas au film d’atteindre des sommets. Diego Céspedes développe alors son petit cabaret avec charme mais oublie trop souvent d’en ouvrir les portes au monde extérieur.

Le mystérieux regard du flamant rose / De Diego Céspedes / Avec Tamara Cortes, Matías Catalán, Paula Dinamarca / 1h48 / France, Chili, Allemagne, Espagne, Belgique / Au cinéma le 18 février 2026.

Laisser un commentaire