Ma vie avec John F. Donovan

Sortie le 13 mars 2019

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Jacob Tremblay dans Ma vie avec John F. Donovan @Shayne Laverdière

  Changement de rythme pour Xavier Dolan. Alors qu’il nous avait habitué à une sortie en salle régulière depuis J’ai tué ma mère (2009), à raison d’un ou deux ans d’intervalle au plus tard, son nouveau long-métrage tardait à sortir. L’attente et l’impatience de voir son premier film tourné en langue anglaise grandissait à mesure que sa date de sortie restait secrète. En février 2018, l’excitation a fait place à une certaine inquiétude lorsque le cinéaste québécois a annoncé sa décision de couper toutes les scènes tournées par Jessica Chastain, pourtant annoncée dans l’un des rôles principaux. Un montage de quatre heures a dû être retravaillé, le scénario original considérablement modifié. Il aurait été dispensable de préciser ces événements révélateurs d’une post-production compliquée si ceux-ci n’avaient pas pesé sur l’organisme même du film : Ma vie avec John F. Donovan est un film imparfait, qui semble témoigner d’une nouvelle maturité artistique pour le cinéaste.

  Le film fait preuve d’une grande ambition d’écriture, par l’enchâssement des histoires qu’il propose à travers deux époques différentes. Les deux premiers niveaux racontent la relation épistolaire entamée par Rupert Turner, un garçon d’une douzaine d’années, avec l’acteur principal de sa série télé préférée, John F. Donovan. Cette correspondance dévoile en parallèle le parcours du petit garçon et de l’acteur ; leurs destins trouvent des échos alors qu’ils ne se rencontrent jamais. Ces deux lignes narratives sont encadrées par un dialogue entre une journaliste et le même Rupert, désormais jeune adulte, qui vient de publier sa correspondance avec John F. Donovan. Cette confrontation permet d’emblée à Xavier Dolan d’annoncer la teneur intime de son film. La reporter commence par prendre de haut le jeune homme, peu ravie à l’idée de l’interviewer. Au fil de l’échange, elle commence à s’intéresser à son récit et à reconsidérer ses préjugés critiques. Pour la première fois, le réalisateur se livre sur la nature de sa relation avec la presse et interroge avec justesse son image publique.

  L’ampleur romanesque du film n’est pas sans rappeler la flamboyance formelle de certains films de Paul Thomas Anderson (qui est cité dans les remerciements), mais elle est ici à l’origine d’une compression du temps qui neutralise trop souvent les émotions. Les béances laissées par la remodelage du scénario se ressentent fortement, et le montage finit par cadenasser la mise en scène dolanienne. Cette limite est flagrante lors des séquences musicales, souvent mémorables chez le cinéaste, qui frôlent ici l’auto-caricature dans la répétition mécanique de leurs effets. La scène de la salle de bain fonctionne ainsi de la même manière que celle de la cuisine sur le tube d’O-Zone dans Juste la fin du monde, avec l’émotion en moins.

  C’est davantage dans la réflexion sur le chemin individuel que ce film très personnel – mais lequel du cinéaste ne l’est pas ? – se montre intéressant, plutôt que dans la charge portée contre le star-system hollywoodien – le personnage de l’agent de Donovan incarné par Kathy Bates est réduit à un seul grand discours, c’est un peu mince. John F. Donovan, quant à lui, est un héros au destin tragique. Le film commence par l’annonce de sa mort avant que ne soit dressé le parcours éprouvant d’un homme qui lutte contre la désillusion et la solitude, avec l’affection comme secours possible. Cette idée est redoublée par le motif de la relation épistolaire, qui offre en ce sens une lecture originale de sa trajectoire. Une belle preuve de la nécessité de se raconter par un truchement artistique et singulier. On retrouve d’autres sujets de prédilection de Xavier Dolan : la relation mère-fils, l’homosexualité, le désir d’affirmer sa vie privée avec liberté. Des thèmes chers au cinéaste qui passent ici par un nouveau prisme, à la base de la construction du film, celui de l’admiration et de la notoriété. La célébrité est le plus souvent montrée comme un fardeau, dont le revers positif serait l’admiration qu’elle suscite et les enseignements qu’on en tire. L’une des scènes les plus enthousiasmantes montre le jeune Rupert Turner courir devant sa télévision en rentrant de l’école, pour ne pas rater une seconde de la série à laquelle il voue un culte. Natalie Portman, dans le rôle de sa mère, pose sur lui un regard bouleversant. Moment fugace dans lequel se lit une superbe complicité distante.

  Ma vie avec John F. Donovan fait place à une déception globale même s’il réserve quelques fulgurances, de celles qui font aimer le cinéma de Xavier Dolan. Sa conception aura sans doute beaucoup appris à son auteur, que l’on retrouvera à nouveau cette année avec sa huitième réalisation, Matthias et Maxime.

Ma vie avec John F. Donovan / De Xavier Dolan / Avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Natalie Portman, Kathy Bates / 2h03 / Canada / Sortie le 13 mars 2019

2 réflexions sur « Ma vie avec John F. Donovan »

  1. Je sais que la critique est globalement assez mitigée envers ce film mais moi j’ai beaucoup aimé. Il m’a bien plus plu que Juste la fin du monde ou Mommy, parce que moins violent, plus accessible, plus humain et plus vivant. La construction et la manière de filmer m’ont charmée également… 😉

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