Tremblements

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Juan Pablo Olyslager dans Tremblements ©TuVasVoir – François Silvestre de Sacy

  Après son premier film Ixcanul sorti en 2015, qui racontait l’histoire d’une jeune fille maya oppressée par les traditions de sa communauté, le cinéaste guatémaltèque Jayro Bustamante poursuit l’auscultation des injustices de son pays natal. Dans Tremblements, c’est un homme qui se retrouve cadenassé par la mentalité d’une société discriminante. Au mysticisme vaporeux qui embrumait les paysages volcaniques d’Ixcanul succède l’obscurité des intérieurs bourgeois de Guatemala City, où la vie de Pablo, marié et père de deux enfants, bascule. Tandis que dehors s’abat une pluie battante, augure d’un tremblement de terre, la famille de Pablo s’est réunie. Sa femme, sa mère, son frère, sa belle-famille, tous l’attendent, dévastés comme s’ils venaient d’apprendre un décès. Pour eux, c’est tout comme : Pablo entretient une relation avec un homme.

  Comme dans les récents Come as you are de Desiree Akhavan (2018) et Boy Erased de Joel Edgerton (2019), le rejet de l’homosexualité du protagoniste passe par l’une des formes les plus extrêmes qui existent actuellement, la thérapie de conversion, un camp de redressement encadré par des religieux qui a pour but de « ramener dans le droit chemin » les homosexuels. Mais à la différence de ces deux films, Jayro Bustamante met en scène un père de famille, et non pas un adolescent ou un jeune adulte. Ce choix de situation familiale est d’autant plus inédit qu’il accentue le sentiment d’absence totale d’issue. Lorsqu’au début du film Pablo rentre chez lui, il part dans une chambre et se recroqueville comme un enfant. Même devant ce geste d’anéantissement de soi, aucun de ses proches ne sera là pour le consoler – à peine le regard de ses enfants, par qui pourrait venir un espoir tardif. Cette honte ressentie par Pablo vis-à-vis de lui-même, que son entourage n’encourage jamais à remettre en question, est présentée avec autant de violence que le quotidien de la thérapie. Du huis clos entre les murs boisés de la grande demeure aux pièces vétustes du nouvel appartement dans lequel Pablo emménage, tous les lieux sont étriqués, étouffants et moites, révélateurs du mal-être intérieur de ce personnage qui doute de sa propre identité. Jayro Bustamante élargit son sujet en faveur d’une réflexion profonde sur le libre-arbitre en évitant le film-dossier (contrairement au Boy Erased de Joel Edgerton), et en accordant le même traitement à tous ses personnages, perçus comme les membres d’un système de croyance plus fort qu’eux. La liberté des individus est d’abord conditionnée par l’encadrement de la famille, mais aussi et surtout par la structure évangélique à laquelle elle est subordonnée. Une tension s’opère entre les scènes impressionnantes de ferveur religieuse, où les participants semblent entrer en transe, et la froideur qui régit toutes les émotions des personnages. Elle ne fait pas de place pour les sentiments de Francisco, le compagnon de Pablo, dont le manque de prise en considération bouleverse. Le drame qui se joue est celui de l’individu sans cesse écrasé par la force de la communauté. Délibérément austère, le constat est sans appel.

Tremblements / de Jayro Bustamante / Avec Juan Pablo Olyslager, Diane Bathen, Mauricio Armas / 1h47 / Guatemala / Sortie le 1er mai 2019

Retrouvez l’interview du réalisateur : Rencontre avec : Jayro Bustamante.

2 réflexions sur « Tremblements »

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