Exposition – Quand Fellini rêvait de Picasso

Jusqu’au 28 juillet 2019 à la Cinémathèque française

s,1200-9d14f6.jpg

  « Maintenant, à chaque fois que je vois un tableau de Picasso, je me sens immédiatement une espèce de complicité, je suis complètement emporté, bouleversé, par la richesse, la force, le bonheur, l’esprit, la vie qui en émanent. Picasso est un peintre totalement, absolument libre », disait Fellini en 1995. Le réalisateur de La Strada ne pouvait se prêter à l’exercice de l’admiration qu’envers un créateur à l’univers aussi unique que le sien, à l’œuvre aussi pléthorique que la sienne. C’est sur cet angle insolite que la Cinémathèque a choisi de bâtir sa nouvelle exposition semestrielle, proposant un dialogue original entre Pablo Picasso (1881-1973) et Federico Fellini (1920-1993).

  Concrètement, les deux hommes ne se sont jamais vraiment rencontrés – seulement croisés, comme au Festival de Cannes en 1957 -, mais le titre de l’exposition ne trompe pas : littéralement, Fellini a rêvé de Picasso. Juste après la sortie controversée de La Dolce Vita (1960), et avant de liver son enivrant film sur la création Huit et demi (1963), le cinéaste est plongé dans une crise existentielle qui le pousse à entreprendre une psychanalyse, avec un docteur disciple de Jung. Il entreprend alors un travail de transcription de ses rêves sous forme de dessins (regroupés dans l’ouvrage Le Livre de mes rêves). Durant les séances, Fellini raconte ses fantasmes et ses visions oniriques, parmi lesquelles Picasso occupe une place de choix. Le peintre espagnol apparaît dans les rêves du réalisateur italien et devient pour lui un guide intime, « un compagnon de voyage ». Il pénètre l’univers mental du cinéaste et l’inspire. Cet événement psychanalytique très méconnu, point de départ de l’exposition, nous donne une clef d’entrée dans le monde imaginé par Federico Fellini, avant que ne s’opère un dialogue, essentiellement thématique, entre les œuvres de deux artistes qui font sans nul doute partie des plus marquants du XXe siècle.

  Notre regard parcourt l’exposition en alternant entre les projections d’extraits et les toiles de Picasso, les accessoires de tournage et les sculptures du peintre. Des allers-retours qui tiennent davantage de la correspondance que de la comparaison, et tant mieux. Les dessins et gravures de Picasso (une cinquantaine d’œuvres en tout) dialoguent avec les costumes et les esquisses de tournage de Fellini. L’exposition, qui ne pouvait pas viser l’exhaustivité, concentre cette pertinente cohabitation des mondes autour de quelques grands sujets, que les deux artistes ont aussi bien exploité l’un que l’autre : le cirque, les femmes (tantôt représentées comme des mères ou des divinités, tantôt comme des clowns ou des prostituées) ou l’Antiquité. Ce dernier sujet frappe par la propension qu’ont les deux démiurges à s’emparer des grands mythes pour enrichir leurs mondes respectifs. On s’attarde sur le délirant et fastueux Satyricon, réalisé en 1968 d’après l’œuvre de Pétrone. La vision de l’Antiquité de Fellini fait écho à celle de Picasso, marqué par ses séjours à Naples et à Pompéi. Le bel oxymore utilisé par le réalisateur pour qualifier l’Antiquité, qui se revêt d’une « clarté indéchiffrable », explique à lui seul la mystérieuse attraction de cette époque lointaine sans cesse actualisée par les artistes de toutes générations.

20503651.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg
Marcello Mastroianni dans Huit et demi @D.R.

  L’exposition ne tombe pas dans la facilité qui aurait consisté à parler du peintre qui se rêvait cinéaste et du cinéaste qui se rêvait peintre, même s’il est tentant de voir Fellini agissant comme un peintre avec la couleur de ses films, sa caméra tel un pinceau qui dessine les contours de son univers visuel. Et Picasso aimait beaucoup être filmé et photographié. Celui qui comprit sans doute que l’aura d’un grand peintre doit beaucoup à la mise en scène de son image, et à ce qu’il en resterait, apparaît dans Le Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot (1955), dont quelques scènes sont montrées. Ce que l’on sait moins, c’est que le peintre a lui-même réalisé un court-métrage en 1950, La Mort de Charlotte Corday, qui invoquait différentes activités artistiques. Malheureusement disparu, on peut en observer de rarissimes photographies de tournage. À travers ces moments, l’exposition évoque, avec la richesse documentaire que l’on connaît à l’institution, l’idéal multidisciplinaire de l’artiste total.

Quand Fellini rêvait de Picasso / Exposition jusqu’au 28 juillet 2019 à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s