Jeanne

Actuellement au cinéma

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@3B Productions

Pour être honnête, on était un peu inquiet en entrant dans la salle de projection de Jeanne. Le souvenir de Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc était encore présent dans notre esprit comme le film avec lequel Bruno Dumont, en roue libre, nous avait laissé sur le bord de la route… Heureusement, sa Jeanne est dans l’ensemble une bonne surprise, beaucoup plus harmonieuse que la précédente.

Toujours adaptée des textes de Charles Péguy, la deuxième partie du diptyque que consacre Bruno Dumont à Jeanne d’Arc se situe en 1429. Elle raconte la première défaite de la jeune chef de guerre, son emprisonnement par les Bourguignons qui la livrent aux Anglais, puis son procès et sa mort sur le bûcher. On ne peut pas reprocher au réalisateur son manque d’originalité, avec ce sujet qui a pourtant été traité par de nombreux grands réalisateurs, de Dreyer à Bresson en passant par Preminger et Rossellini. La figure de Jeanne d’Arc passionne les cinéastes car elle a quelque chose de l’héroïne absolue. À mi-chemin entre le mythe et l’histoire, entre le sacré et le terrien, en qui réside un mystère proprement insondable. Pour la faire sienne, Bruno Dumont multiplie les gestes inédits, anticonformistes. À commencer par le choix de faire jouer Jeanne d’Arc âgée de 19 ans par une enfant de 10 ans. Il y a quelque chose de délectable à voir la petite fille commander, avec détermination, des guerriers mal à l’aise dans leurs armures.

L’autre atout du film est d’avoir mis de côté le métal expérimental d’Igorrr et les chansons de rap dont on se serait bien passé dans Jeannette pour la voix fragile, intime et mystique de Christophe – qui fait une apparition mémorable, d’abord caché sous une capuche. La voix du chanteur s’élève et parvient à traduire l’infilmable, l’impénétrable. Il se fait le relais de l’image et comble son impuissance à montrer. Instants précieux et extatiques qu’il faut aller chercher dans les interstices de l’étrangeté… La dissonance du jeu des acteurs, qui revendique sa facticité, et les discours prononcés par des universitaires lors du procès, versent parfois dans une monotonie un peu assommante, théorique. Avec Christophe, c’est la jeune Lise Leplat Prudhomme qui donne vie aux mots de Péguy avec le plus d’intensité. Par sa voix, et aussi son visage. Lorsque la caméra s’attarde sur lui, par un plan fixe ou un lent travelling avant venu du ciel, au beau milieu des dunes de la Côte d’Opale, elle confère à l’évocation du passé historique un sentiment décalé et familier, rendu au présent.

Jeanne / De Bruno Dumont / Avec Lise Leplat Prudhomme, Fabrice Luchini, Annick Lavieville, Christophe / Fance / 2h18 / Sortie le 11 septembre

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