Adoration

Au cinéma le 22 janvier 2020

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Fantine Harduin, Thomas Gioria ©Les Bookmakers / The Jokers

Le jeune Paul vit avec sa mère, dans une maison proche de la clinique psychiatrique où celle-ci travaille. Un jour, il surprend Gloria, une patiente de son âge, en train de tenter de s’enfuir. Fasciné par la jeune fille et bien qu’il lui soit interdit de la fréquenter, il décide pour la revoir de braver les interdits.

Adoration, dès son ouverture, se place sous le signe de l’étrange. En guise d’introduction, apparaît à l’écran une citation de Boileau-Narcejac, le tandem d’écrivains français dont les romans ont donné lieu à de superbes adaptations : les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, Vertigo d’Alfred Hitchcock, Les yeux sans visage de George Franju… Mais, au contraire de ces exemples de maîtres, le surgissement du fantastique ou du mystérieux dans le quotidien peine à réellement émerger dans Adoration. On y trouve certes une atmosphère savamment construite : image fébrile et brumeuse, la Nature comme un cocon tantôt protecteur, tantôt malsain ; les arbres, les rivières, les intérieurs obscurs tendus de draps… Fabrice Du Welz propose un monde à son spectateur, peut-être pas entièrement nouveau, mais très élégamment construit. C’est d’ailleurs ce qui est dommage. Car bien des scènes, indépendamment de leur rôle dans le film, proposent des visions quasi oniriques d’une grande beauté. On ne peut qu’être marqué par Benoît Poelvoorde hurlant en pleine nature, les bras écartés, déployant les ailes de son tatouage, déclenchant l’envol de centaines d’oiseaux. Seulement, malgré le savoir-faire avec lequel il construit ce décor, le réalisateur ne parvient pas totalement à l’habiter.

Il est clair que beaucoup de non-dits sont volontaires. Les sentiments presque incestueux de la mère pour son fils Paul, le poids de l’absence du père ; les origines mystérieuses de Gloria qui ont conduit celle-ci à être internée, et qui laissent le spectateur imaginer le pire ; le passé du personnage de Benoît Poelvoorde, ermite abandonné dans son désert vert… Seulement, ces vides qu’il peut être intéressant de combler soi-même sont trop nombreux : on ne peut à la fois imaginer le passé, le présent et le futur de l’histoire qui nous est contée. Adoration laisse un sentiment d’inachevé, et paraît bien court, comme si trop de scènes avaient été coupées, ou comme si le scénario qui avait été tourné n’était pas une version finale. On perçoit le potentiel dramatique des personnages, mais celui-ci ne se réalise pas à l’écran.

La faille la plus importante est au cœur-même du film. Alors qu’il fait le pari de reposer sur le mystère qui l’entoure et la fascination qu’elle exerce, Adoration souffre terriblement de la faiblesse de Gloria, son personnage clé. Le jeune Thomas Gioria a beau interpréter Paul avec une conviction touchante, Fantine Harduin de son côté se trouve accablée d’un personnage sans doute trop elliptique et indéfini pour une interprète si jeune, qui de fait ne parvient pas à l’incarner avec suffisamment de conviction pour l’habiter. Et si Adoration n’est pas un mauvais film, il comporte en revanche de mauvaises scènes : les crises de Gloria sont malheureusement gênantes, et viennent rompre à la fois le charme de la mise en scène et la crédibilité du scénario. Difficile d’accepter sa démence et l’influence qu’elle peut avoir sur Paul quand ses hurlements sont si peu convaincants…

L’inspiration et l’ambition qui le motivent auraient pu faire d’Adoration un film fascinant, mais seules les images parviennent réellement à nous envoûter. Le serpent auquel il est fait référence à plusieurs reprises ne reste qu’un symbole distant. Il est à l’image du film : on croit percevoir au loin son sifflement, mais on ne se trouve jamais vraiment face à lui, les yeux dans les yeux.

Adoration / De Fabrice Du Welz / Avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde / Belgique – France / 1h38 / Sortie le 22 janvier 2020.

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