The New Pope

Disponible sur Canal+

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John Malkovich est Jean-Paul III, le nouveau pape © Gianni Fiorito / Wildside / Italia Sky / Haut et Court TV / Media Produccion

On se souvient du générique de The Young Pope (2016), dans lequel le pape Pie XIII (Jude Law) marchait dans un long couloir tapissé de tableaux, entouré par sa cour, sur la reprise d’All along the watchtower de Jimi Hendrix par Devlin. Une alliance de culture populaire, de cérémonial religieux et de séduction qui annonçait ce qui ferait le sel de la série. Ceux de The New Pope réitèrent le même esprit : dans une chapelle, des sœurs dansent sur de la musique électro, sous une croix en néon ; traversant la plage, Jude Law arbore un caleçon blanc presque fluorescent au milieu de femmes en maillot de bain jouant au volley… Le goût de Paolo Sorrentino pour la provocation est bien intact. Mais si la continuité esthétique est assurée avec la première saison, le bouleversement concerne le devenir des personnages : Pie XIII se retrouve plongé dans le coma, il faut lui trouver un successeur.

Avec un pape alité, inconscient, le Vatican perd ses repères. Cette place laissée vacante réveille les désirs de pouvoir, notamment du côté du cardinal Voiello, qui semble tout connaître des mécanismes du pouvoir papal sans avoir jamais été élu lui-même. Le scrutin organisé met pourtant un terme aux convoitises du secrétaire d’état napolitain. François II est élu, personnalité éminemment sympathique, portée avec sincérité vers les valeurs du saint auquel il emprunte son nom : son mot d’ordre sera l’idéal de pauvreté, appliqué aux ors du Vatican. Une morale chrétienne qui ne plaît pas à tous… Sa disparition précipitée provoque une autre élection, qui voit arriver un nouveau pape, incarné par John Malkovich. Celui-ci n’a rien d’une personnalité détonnante comme ses deux prédécesseurs. Il n’apporte pas de révolution au sein de l’Eglise, figure du juste milieu élue pour cette qualité. En deux moments d’élections, Paolo Sorrentino nous aura fait comprendre que le changement au Vatican, ce n’est pas pour maintenant.

Qui est donc ce nouveau pape ? Sir John Brannox, Jean-Paul III désormais, possède toutes les caractéristiques de l’être solitaire cher au réalisateur italien, cousin du Toni Servillo des Conséquences de l’amour (2004) et de La Grande Bellezza (2013), ou du chef d’orchestre à la retraite incarné par Michael Caine dans Youth (2015). Cloîtré dans le château de ses parents depuis toujours, hanté par la mort de son frère jumeau, sa sagesse apparente n’a d’égale que le verrouillage de ses émotions. Le regard de John Malkovich suffit à faire comprendre combien de secrets sont enfouis en lui. L’immensité de la tâche qu’il doit assumer va venir les révéler peu à peu, et le faire céder à une compréhension plus large de soi.

Si Paolo Sorrentino évoque, par touches, de grands sujets de société – le fanatisme religieux, les revendications féministes, la crise des migrants -, ce qu’il réussit le mieux concerne les dessous de l’iconographie qu’il met soigneusement en place. The New Pope se resserre sur le vécu et les sentiments des personnages, qui apparaissent dans toute leur humanité, avec les défauts et les excès que ce mot suppose. À l’image du personnage de Ludivine Sagnier, Marie-Madeleine moderne, ou de tous les papes qu’il met en scène, il humanise des sujets d’idolâtrie et en dévoile une vérité à travers une flamboyance formelle extrêmement maîtrisée.

L’esprit pop-rock qui se dégage de la série en fait un véritable atout de séduction – voir les deux formidables séquences pré-génériques avec Marilyn Manson et Sharon Stone dans leurs propres rôles -, mais le parti pris est à maintes reprises celui de la lenteur. Un choix qui va jusqu’à organiser l’essentiel du rythme de la série et en faire une spécificité. Ainsi, durant de très longues minutes du cinquième épisode, le découpage s’accorde au rythme d’un souffle et nous suspend à lui, créant une musicalité mettant tout le monde à l’unisson. Le format de la série semble adéquat pour permettre à Paolo Sorrentino de laisser s’épanouir des moments comme celui-ci, où sa mise en scène travaillée épouse les postures et les désirs très humains de ses personnages.

The New Pope / De Paolo Sorrentino / Avec John Malkovich, Jude Law, Silvio Orlando, Cécile de France, Javier Cámara, Ludivine Sagnier / Italie – France – Etats-Unis – Espagne / 9 x 55mn / 2020.

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