Pinocchio

Sur Amazon Prime le 4 mai 2020

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Pinocchio (Federico Ielapi) et Geppetto (Roberto Benigni) ©Greta De Lazzaris

Cinq ans après Tale of Tales, d’après le Pentamerone (1634) de Giambattista Basile, Matteo Garrone s’attaque à un autre conte, plus emblématique encore, Pinocchio (1883) de Carlo Collodi. Une adaptation très fidèle des aventures du garçon en bois qui déroule son programme sans surprendre, mais dont l’univers séduit de bout en bout. Malheureusement, le film sort sur la plateforme Amazon Prime, privé d’une sortie au cinéma en France, pourtant prévue le 1er juillet à défaut du 18 mars.

Roberto Benigni incarnait Pinocchio dans le film éponyme qu’il avait lui-même réalisé en 2002. Il reprend ici le rôle de Geppetto, menuisier sans le sou qui, fasciné par un théâtre ambulant, décide de fabriquer une marionnette. À sa grande surprise, celle-ci prend vie et le couvre de joie en lui donnant l’ivresse de la paternité. Mais Pinocchio n’est pas un enfant comme les autres… Ou plutôt si : au lieu de se rendre à l’école, le garçon préfère assister au spectacle de marionnette qui se tient juste à côté. La troupe s’apercevra cependant bien vite que ce petit être de bois a toute sa place parmi elle, et l’embarque sur les routes, lançant alors Geppetto, désespéré, à sa recherche.

Le nez allongé du menteur occasionnel Pinocchio ne fait l’objet d’une seule scène, plus fonctionnelle qu’elle n’y paraît, dont la poésie qui la clôt cache mal son évacuation comme un passage obligé. Ce n’est pas tant ce qui intéresse Matteo Garrone (Gomorra, Dogman), contrairement à la peinture d’une Italie rurale extrêmement pauvre, où l’on troque ses vêtements contre un livre. Les personnages négatifs que rencontre le jeune garçon portent en eux les tares d’un esprit à la dérive, à commencer par le duo de larrons manipulateurs. Leur présence scande le parcours de Pinocchio et participe de l’âme du conte, à travers lequel les yeux neufs de l’enfant se heurtent au monde.

Le film opte pour un univers folklorique et iconographique qui donne corps à de belles visions, grâce à des effets numériques très maîtrisés. Il tient aussi quelque part de Fellini, mais se trouve moins du côté des frasques baroques de Satyricon que de l’atmosphère de La voce della luna (avec Roberto Benigni, déjà), dont le même calme tranquille de la nuit recouvre la campagne, et prête à la rêverie, voire au fantastique. Cet imaginaire entoure la marche de Pinocchio et donne vie au bestiaire qu’on connaît : la baleine, le grillon bienveillant, l’escargot ou encore la fée qu’interprète, adulte, Marine Vacth, douce sans vraiment inquiéter. Le film vise une grande transparence dans le propos et touche dans ce qu’il a de plus simple et sincère, à savoir la manifestation par certains personnages d’une recherche profonde d’affection.

Alors, qu’apporte de neuf Matteo Garrone en réactualisant le voyage initiatique de Pinocchio ? Peu de choses, mais il attrape la naïveté de sentiments communs, qui font renouer avec des émotions d’enfance.

Pinocchio / De Matteo Garrone / Avec Federico Ielapi, Roberto Benigni, Gigi Proietti, Marine Vacth / Italie – France – Grande-Bretagne / 2h05 / Sortie le 4 mai 2020 sur Amazon Prime.

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