L’Ombre de Staline

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James Norton est le journaliste Gareth Jones ©Robert Palka

Au début des années 1930, le journaliste gallois Gareth Jones (James Norton) vient de publier un reportage sur Adolf Hitler, rencontré au cours d’un voyage en avion. Avec aplomb, il ambitionne d’interroger Joseph Staline, alors que la presse internationale loue la modernité du système nouvellement mis en place en Russie. Il se pose une question décisive : d’où vient tout l’argent qui transforme le pays, paré pour une guerre éventuelle ? Visa en poche pour se rendre à Moscou, il s’apprête à découvrir les terribles dessous du régime.

Avec ses lunettes rondes, son grand manteau et sa démarche d’étudiant en sciences politiques, Gareth Jones a le profil type du reporter d’investigation, prêt à ne rien céder pour atteindre son objectif. Des bureaux d’un ministère britannique aux appartements de Moscou jusqu’aux étendues glacées de la campagne affamée, son parcours est un long voyage vers l’impensable. Loin de tout miser sur le suspense, le film privilégie les atmosphères. La neige est une matière double, ordinairement foulée par les moscovites et terre-cercueil à la campagne, où sont jonchés des cadavres. C’est moins par des moments précis – certains mouvements de caméra détonnent – que par une évolution générale que la mise en scène d’Agnieszka Holland, dont c’est le dix-huitième film, est signifiante. Lorsque la transition d’un train vers un autre crée le basculement entre deux régimes de réalité, la Russie autorisée et l’Ukraine interdite, le film s’enfonce dans sa rugosité comme un lent cauchemar. Le point de vue se resserre parce qu’il n’y a plus de doute quant à l’interprétation du réel. Alors qu’à Moscou le rapport à la vérité est une source de tension (la mort d’un journaliste suscite en Gareth le désir d’en savoir plus), la campagne où se découvre l’horreur de la famine ne laisse pas d’autre compréhension possible que ce qui nous est montré.

Face à l’abnégation communicative du journaliste irréprochable, l’antagoniste est incarné avec une vraie justesse par Peter Sarsgaard. Il n’a pas besoin d’en faire plus que ce que son personnage représente déjà : Walter Duranty, reporter au New York Times, récompensé par le prix Pulitzer, connaissait la réalité de l’Holodomor mais se cachait bien de la révéler à ses lecteurs. Il est la figure de proue d’une presse qui s’enivre lors de soirées orgiaques, complètement déconnectée de la réalité dont elle est supposée rendre compte. Au milieu de tous ces journalistes amicaux envers Staline, le personnage principal est un réconfort. Et un étendard. Si L’Ombre de Staline intéresse parce que son histoire raconte un moment véridique, il a surtout le rigoureux mérite de rappeler la nécessité du journalisme, incitant à la vigilance face à la cécité collective.

L’Ombre de Staline / D’Agnieszka Holland / Avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard / Pologne – Grande-Bretagne – Ukraine / 1h59 / Sortie le 22 juin 2020.

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