White Riot

Au cinéma le 5 août 2020

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Le punk contre le racisme ©The Jokers / Les Bookmakers

« Sous l’Union Jack, il y avait une croix gammée. » C’est avec cette formule lapidaire que Red Saunders, co-fondateur du mouvement Rock Against Racism, résume la situation politique de l’Angleterre en 1976. Le documentaire White Riot, dont le titre est emprunté à une chanson des Clash, raconte l’aventure d’un groupe de militants décidé à réagir contre le succès grandissant de l’extrême droite. Leurs armes sont simples et efficaces : les mots et la musique, pour s’unir contre un ennemi commun nommé l’intolérance.

La réalisatrice de documentaire Rubika Shah retrace avec engouement le parcours du mouvement Rock Against Racism, en partant de ses origines pour parvenir au récit de la journée de 1978 où se sont donnés rendez-vous à Victoria Park, à Londres, les plus grands groupes de punk et de reggae de l’époque. Elle aurait pu choisir de montrer davantage d’entretiens avec des musiciens pour prendre le pouls de leur activisme, mais la lumière est principalement mise sur ceux par qui tout a commencé, les organisateurs. Avec les moyens du bord, dans un esprit de révolte et de création, ils ont employé des méthodes de résistant pour parvenir à leurs fins. Celles-ci vont de la diffusion de tracts pour des manifestation publiques à l’auto-édition d’un magazine, Temporary Hoarding, dont la réalisatrice reprend les codes esthétiques pour son montage : animations visuelles, collage, liberté de ton et ouverture à une diversité d’interlocuteurs. Cette forme annonce l’idéal du mouvement – idéal mené à terme -, car il s’agissait de créer un point de rencontre entre les différentes communautés, que les politiques de droite cherchent tant à diviser, unies contre le racisme et autour d’une même musique. L’encouragement d’une double manifestation (dans les rues et musicale) matérialise l’essence du punk, à la fois très britannique et héritier du ska, soit noir et blanc sans distinction.

L’engagement des artistes n’est peut-être pas une nécessité, il est cependant loin d’être acquis, rendant d’autant plus louable celui des groupes ayant soutenu, gratuitement et sans conflit d’ego, l’élan d’ouverture impulsé par Rock Against Racism. On est effaré à la lecture des propos de David Bowie dans Playboy en mai 1976, qui affirmait que la Grande-Bretagne était prête à accueillir un leader fasciste. Une citation que le chanteur attribua aux effets de la drogue, mais qui donne la mesure de la propagation des discours d’extrême droite – Eric Clapton et Rod Stewart ont apporté leur soutien au politicien conservateur Enoch Powell. Le projet de White Riot rappelle en même temps que le rôle des images documentaires et du montage d’archives est celui de la lutte contre les amalgames, offrant une clarté qui mettrait tout le monde d’accord grâce au recul historique. Mais comme le rappel le panneau final, bien que le National Front fut battu aux élections de 1979, la lutte est loin d’être terminée. La vertu de White Riot est de donner cruellement envie (un paradoxe en ce temps de post-confinement) de se mêler à une immense foule pour acclamer avec ferveur les dires de musiciens engagés.

White Riot / De Rubika Shah / Documentaire / Angleterre / 1h20 / Sortie le 5 août 2020.

3 réflexions sur « White Riot »

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