Family Romance, LLC

Au cinéma le 19 août 2020

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Ishii Yuichi et Mahiro Tanimoto © Nour Films

Lorsqu’on associe Werner Herzog et le Japon, ce sont des images de Tokyo-Ga (Wim Wenders, 1985) qui viennent en tête. En haut d’un gratte-ciel, le cinéaste allemand palabrait sur la nécessité de rechercher de nouvelles images, pures et absolues, capables de raconter le temps présent. Il faudrait, avançait-il, se tourner vers d’autres planètes pour parvenir à filmer des territoires vierges et obtenir une image à la vérité transparente. Cet idéal semble bien loin du projet de Family Romance, LLC, tant le film s’attache à montrer la facticité des relations sociales et la modernité de la vie urbaine japonaise.

Le titre renvoie au nom d’une société de service spécialisée dans la location de proches, telle qu’il en existe réellement au Japon. Oui, vous avez bien lu, la location de proches. Un exemple : si une fille n’a jamais connu son père, sa mère peut louer un homme qui se fera passer pour lui, le temps d’une journée ou plus. C’est ce qui arrive au personnage principal, acteur employé pour prendre la place du père de Mahiro, jeune fille timide et gênée par cette apparition impromptue. Le réel se trouve immédiatement dérangé par cette relation étrange et monnayée. Werner Herzog fait du Renard, animal capable de transformer la réalité selon la croyance japonaise, le totem de son film, en filant une métaphore évidente du jeu d’acteur. Un ami du héros dit cette phrase en laquelle il est impossible de ne pas comprendre un parallèle avec le cinéma, voire avec l’art en général : « Vous créez des illusions pour rendre la vie de vos clients plus belle. »

Plus belle, mais plus fausse. Au-delà de la métaphore et du malaise existentiel qui s’ensuit – le personnage principal est atteint du syndrome « Truman Show » car il finit par se demander si ses proches n’ont pas été loués eux-mêmes auprès d’une agence -, apparaît le point de vue du cinéaste sur les mœurs d’une société étonnante. Le choix de certaines scènes semble être le fruit d’un regard d’Européen curieux, nous interrogeant sur l’apparence et l’émotion répétée mécaniquement : une femme fait appel à l’entreprise car elle veut revivre le moment où elle a gagné au loto, une autre demande à être suivie par des paparazzis pour devenir « une star »… Le cinéma est alors défini comme un lieu capable de saisir aussi bien la nature du réel que son inverse.

La forme est surprenante. Avec ses plans au drone et ses acteurs amateurs, Family Romance, LLC emploie le langage d’une « caméra touristique » qui serait le point de rencontre entre le documentaire ou le reportage et le film improvisé pendant des vacances à l’étranger. Werner Herzog a changé. Il témoigne toujours d’une grande liberté de filmer, mais celle-ci ne passe plus par la démesure comme jadis (Aguirre, la colère de Dieu, Fitzcarraldo). Elle se révèle à travers une ambition de cinéma moins importante, entièrement focalisée sur un objet de fascination assez unique.

Family Romance, LLC / De Werner Herzog / Avec Ishii Yuichi, Mahiro Tanimoto / Etats-Unis / 1h29 / Sortie le 19 août 2020.

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