Dans un jardin qu’on dirait éternel

Au cinéma le 26 août 2020

Kirin Kiki dans son dernier rôle ©Art House

Deux aspects du Japon coexistent et cohabitent en ce moment dans les salles de cinéma. Avec Family Romance, LLC, Werner Herzog montre le règne de l’illusion et du faux-semblant dans un pays ultramoderne. Tatsushi Omori propose une vision opposée dans Un jardin qu’on dirait éternel : il place au centre de son récit la vérité de l’instant par la pratique d’une coutume ancestrale, la cérémonie du thé.

Toutes les deux vingt ans, Noriko (Haru Kuroki) et sa cousine Michiko (Mikako Tabe) recherchent une activité pour passer le temps en dehors de leurs études. Elles jettent leur dévolu sur les cours de Madame Takeda (Kirin Kiki), qui enseigne la cérémonie du thé depuis toujours. Sages mais amusées, elles sont assidues pour apprendre à préparer, chaque semaine, le thé matcha selon la tradition, sans se douter jusqu’où cela les mènera. D’un passe-temps sans importance, la cérémonie du thé devient une expérience de vie inouïe.

Tatsuhi Omori sait éviter de rester à la lisière de l’illustration documentaire avec ce sujet qui se tourne pourtant entièrement vers une seule activité et son déploiement selon des grandes étapes. La cérémonie du thé consiste en un ensemble d’attentions et de gestes extrêmement méticuleux, décrits avec autant de précision que les pages les plus fascinées de L’Empire des signes de Roland Barthes. La différence, c’est qu’ils nous sont montrés à travers les yeux des deux adolescentes. Tantôt émerveillées (les petits gâteaux aux couleurs sublimes), tantôt surprises par l’exigence (ne pas entrer dans la pièce du mauvais pied), elles partagent avec le spectateur leur intérêt curieux pour cette pratique quotidienne élevée au rang d’art.

Au lieu de se contenter de dérouler un mode d’emploi, le film parvient à mettre en scène un mode d’existence car il ose s’en remettre au montage. Il emprunte à la cérémonie du thé son aspect cyclique et saisonnier, proposant de longs moments de pure contemplation des éléments, comme on se déplacerait dans un jardin japonais à la fois simple et sophistiqué. Dans ses meilleurs moments, Dans un jardin qu’on dirait éternel (quel beau titre !) devient une véritable expérience zen.

Avec ce film, aussi, Kirin Kiki (Une affaire de famille) trouve un dernier rôle tel que tout acteur peut l’espérer, comme, par exemple, Harry Dean Stanton l’avait trouvé dans Lucky (John Carroll Lynch, 2017), soit la synthèse vibrante de tous ses rôles et de sa personnalité de cinéma. En traversant soixante ans de cinéma nippon, la comédienne décédée en 2018 incarne une portée conciliatrice qui fait l’autre profondeur de ce faux petit film : la possibilité même que les traditions et le présent n’entrent pas en conflit.

Dans un jardin qu’on dirait éternel / De Tatsushi Omori / Avec Kirin Kiki, Haru Kuroki, Mikako Tabe / Japon / 1h40 / Sortie le 26 août 2020.

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