Exécuteur 14

Théâtre du Rond-Point

Swann Arlaud © Giovanni Cittadini Cesi

Lorsque les lumières s’éteignent dans la salle, le théâtre du Rond-Point se retrouve habité par une étrange pesanteur. Sur le plateau, échafaudages et projecteurs se font face dans un bain de fumée. Les murs, le sol et les débris qui s’y trouvent sont couverts de dessins ou de mots tracés à la craie. Ces mots, ce sont ceux d’Exécuteur 14 d’Adel Hakim.

Dans cette mise en scène de guerre civile imaginée par Tatiana Vialle, Swann Arlaud déambule aisément, parfois aérien, parfois tapis dans l’ombre. L’acteur semble déjà maîtriser les codes du seul en scène même si, ce soir, il se confronte à l’exercice pour la première fois. Hypnotisant, il navigue dans ce décor de craie : un puzzle que le spectateur prend plaisir à résoudre. Au fil de l’œuvre, il parvient à replacer chaque illustration dans le contexte de la pièce. Un jeu qui devient aussi intuitif pour lui que pour le comédien qui l’y guide.

C’est bien ce qu’Arlaud est le temps d’une soirée : un maître du jeu. Impossible de détourner son regard de l’acteur qui récite ce texte avec un naturel frappant. À ces tournures souvent mi-françaises, mi-anglaises ou d’un argot un peu démodé, il donne un nouveau souffle menaçant. Aidé par Mahut, musicien qui l’accompagne, le comédien joue sur les contrastes. La musique et l’acteur, tous deux seuls mais inexorablement liés, arpentent la scène en ruines. Prônant le temps d’une tirade un espoir débordant de lyrisme et d’autres, un destin inévitablement tragique. Le texte d’Adel Hakim dilue la violence dans le quotidien, il la normalise sans précipitation. Mais, insidieuse, la colère ronge le personnage de tous côtés.

Et le rythme s’accélère, de l’adolescent qui nous racontait innocemment les divisions de clans dans sa ville, il ne reste déjà plus rien. Les bombardements ont débuté. Le garçon se transforme malgré lui en homme meurtri et meurtrier. Difficile de résister à la force de contamination inhérente au conflit. Avec son allure juvénile et attendrissante, Swann Arlaud, touché par la haine, s’érige en enfant-soldat. Il prend les armes au nom d’un Dieu vengeur et se lance dans une quête sanguinaire et féroce dont il ne comprend ni les causes ni les conséquences. Mais lorsque la cruauté dont il fut témoin devient la sienne, plus aucun retour en arrière n’est possible. 

Exécuteur 14 / D’après Adel Hakim / Avec Swann Arlaud / Du 30 septembre au 23 octobre au théâtre du Rond-Point.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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