Rouge

Au cinéma le 11 août 2021

Zita Hanrot et Sami Bouajila. © Les Films Velvet – Les Films du Fleuve

Deuxième long-métrage de Farid Bentoumi, Rouge se veut être un Dark Waters à la française, reprenant à son compte le parcours dangereux d’un lanceur d’alerte (une lanceuse, en l’occurrence) à la recherche d’une vérité qui dérange. En résulte un thriller conscient plutôt bien ficelé.

Traumatisée par le décès d’une patiente, Nour (formidable Zita Hanrot) quitte le monde hospitalier pour devenir infirmière du travail dans l’usine de produits chimiques où travaille son père, Slimane (Sami Bouajila). Elle cherche à se reconstruire et à prouver sa valeur ; lui lutte avec ferveur pour sauver l’usine, cible de prédilection des écologistes. Lorsque Nour découvre que l’usine pollue plus qu’on ne veut l’admettre et que les ouvriers sont en danger de mort, elle se retrouve au pied du mur. Choisira-t-elle de se taire comme les autres ou trahira-t-elle sa famille pour mettre à jour le scandale ?

Coproduit par les inénarrables frères Dardenne, Rouge a tous les atours d’un film social engagé mais se préserve heureusement de certains travers du genre (tremblements nauséeux de l’image, pathos écrasant et décors grisâtres). Le film privilégie une approche plus stylisée, percutante mais subtile, notamment dans l’usage qu’il fait de son décor. Omniprésente du début jusqu’à la fin, écrasant les perspectives et obscurcissant les esprits, l’usine apparaît comme un monstre de métal rugissant dont les dédales de couloirs rappellent un système digestif au sein duquel les ouvriers sont irrémédiablement digérés. Une aliénation qui substitue à la vérité nécessaire un mensonge confortable. Rouge dépeint avec une clarté notable la perversité d’un système prêt à tout pour maximiser son profit et qui maintient les gens de peu dans une dépendance servile.

La dimension politique tend quelque peu à phagocyter le film ; si l’on perçoit sans peine les aspirations plastiques de Farid Bentoumi, il manque à sa mise en scène un certain souffle pour tutoyer les hautes sphères du cinéma paranoïaque, de France ou d’ailleurs. N’est pas Alan J. Pakula qui veut. Néanmoins, le long-métrage parvient à maintenir en haleine de bout en bout et dresse de ces fameux lanceurs d’alerte trop souvent persécutés un portrait bienveillant. Suffisamment accrocheur pour être retenu.

Rouge / De Farid Bentoumi / Avec Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette / France – Belgique / 1h28 / Sortie le 11 août 2021.

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