La Cerisaie

Comédie-Française

© Brigitte Enguérand

À peine rentrée de Paris, une famille aristocratique se voit obligée de vendre son immense propriété – en son sein : celle que l’on décrit comme la plus belle cerisaie de Russie – pour éponger ses dettes. La Comédie-Française est le théâtre de ce tournant historique et sociologique au commencement du XXe siècle, conté par Tchekhov.

Florence Viala et Éric Génovèse incarnent ces propriétaires qui n’ont, en fait, jamais su s’occuper d’une propriété. Cette fratrie, maintenant adulte, perçoit toujours sa maison comme celle de son enfance. C’est d’ailleurs leur chambre d’enfant qui est reconstituée sur la scène de la salle Richelieu. Éric Génovèse est un oncle rigolard, blagueur et jovial. Florence Viala est étourdie, dépensière et bienveillante à l’extrême. L’étrange couple d’enfants-adultes vit dans un univers à part, où les choses vont toujours bien, d’elles-mêmes. La gravité de la situation et l’urgence de la vente – que leur rappelle incessamment le personnage joué par Loïc Corbery – n’entrent pas dans leur conception de la réalité. Ce traitement de l’œuvre de Tchekhov est louable : il insiste sur ce duo infantile aristocratique perforé par cette figure pragmatique du marchand. Deux visions du sens de la propriété, du travail et de l’argent se chamaillent avant que l’une finisse par prendre le dessus.

Cette grande réussite quant au travail des comédiens est cependant peu soulignée par la mise en scène d’Hervieu-Léger. Le metteur en scène aime à jouer des ressorts scéniques théâtraux pour en démonter l’artificialité. Ainsi, comme lors de sa dernière création à Richelieu (Le Petit maître corrigé), le décor grâce à une toile suspendue à une grue est ostensiblement visible. Ce procédé scénique et vertical – en plus de s’avérer quelque peu redondant – ne s’accorde pas exactement avec la pièce. En revanche, lorsqu’Hervieux-Léger délaisse enfin ces peintures suspendues, pour jouer, cette fois-ci, avec la profondeur du plateau, c’est une toute autre affaire. Les murs de la maison dans laquelle on finissait par étouffer, tremblent et s’ouvrent sur un nouvel espace.

La Cerisaie est donc une pièce qu’on ne peut pas qualifier de très réussie, mais encore moins de ratée. Elle a le mérite d’assumer sa recherche d’une certaine efficacité dramaturgique, et d’être portée par une belle équipe de comédiens. On ne peut cependant s’empêcher de reprocher à la mise en scène sa facilité.

La Cerisaie / D’Anton Tchekhov / Mise en scène de Clément Hervieux-Léger / Avec Florence Viala, Éric Génovèse, Loïc Corbery, Jérémy Lopez, Anna Cervinka, Rebecca Marder, Adeline d’Hermy, Michel Favory / Du 13 novembre 2021 au 6 février 2022 salle Richelieu.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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