Antoine et Cléopâtre

Théâtre de l’Odéon

© Marion Lefebvre

Pièce fleuve qui, en cinq actes, couvre une décennie, Antoine et Cléopâtre peut s’avérer sacre ou déchéance pour quel metteur en scène ose s’y frotter. Célie Pauthe n’a pas à le regretter. 

Pauthe adapte Antoine et Cléopâtre dans tous les sens du terme : à une époque, à un théâtre, à un public. Pour ce faire, elle choisit une traduction moderne et accentue les ressorts comiques de la pièce. En montant Shakespeare, les metteurs en scène peuvent effectivement choisir l’une des directions suivantes : investir dans l’œuvre ou dans le public. Trop rarement parviennent-ils à un investissement total et réciproque. 

Dans le cas d’Antoine et Cléopâtre, la matière originelle est si dense qu’il n’est pas aisé – voire impossible – d’atteindre le parfait équilibre. Pauthe, en cherchant à rendre le public actif dans l’intrigue narrative, délaisse parfois l’esthétique du texte. Mais, quoique douloureux, c’est un sacrifice nécessaire pour que l’œuvre reste percutante sur la durée. Et fort heureusement, la metteur en scène ne se prive pas de quelques moments où elle replace le spectateur dans un état purement passif, donc contemplatif, permettant aux envolées lyriques de l’auteur de le percuter, sans interférence.

Célie Pauthe, accompagnée de ses comédiens – Mélodie Richard, Mounir Margoum, Assane Timbo et Lounès Tazaïrt sont d’un talent manifeste, au sein d’une distribution qui en est autrement inégalement dotée – parvient à mettre en exergue les jeux de contrastes au sein du texte. Des personnages tout puissants, souvent détestables dans leur exubérance, se heurtent à une fatalité crépusculaire écrasante. Pour Shakespeare, le doute est le propre de l’être humain. La peur face à la mort ne rend pas son accomplissement moins noble, tout au contraire. Car c’est avec la faiblesse humaine qu’on peint des fresques.

Pauthe jongle habilement avec l’intime et l’historique, la sensualité et la politique. Sur les courbes du sable rouge se pose l’imposant tombeau métallique et rigide. Et si les costumes ne sont pas à la hauteur des décors, sur le plateau des Ateliers Berthier, on cherche à cultiver le beau. L’indulgence d’un metteur en scène à l’égard de son public rend rarement justice à l’exigence de l’auteur. Malgré cela, il faut reconnaître que Célie Pauthe et ses comédiens convoquent si bien les couleurs et les sons de l’Egypte qu’on en reconnaitrait presque les odeurs.

Antoine et Cléopâtre / De William Shakespeare / Mise en scène de Célie Pauthe / Avec Mélodie Richard, Mounir Margoum, Assane Timbo, Guillaume Costanza, Glenn Marausse et Lounès Tazaïrt / 3h45 / Du 13 mai au 3 juin aux Ateliers Berthier.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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