Parsifal

Opéra Bastille

© Vincent Pontet

Pour un public d’habitués – ou, devrions-nous l’espérer, de passionnés – la nouveauté peut effrayer. Peu étonnant donc que la direction musicale de Parsifal par Simone Young peine à convaincre dans son entièreté. Pourtant, elle est loin d’être sans mérites : ses accélérations subites donnent ponctuellement une forme d’exaltation à la partition mystique de Wagner. Oscillant entre prudence réfléchie et impétuosité enfantine, le jeune Parsifal attend de devenir héros. L’orchestre est attentif, prompt à rendre aux emportements de fouge musicale toute l’intensité qu’ils réclament. 

Ce que nous pouvons alors reprocher à ces sautes de tempo est une légère perte de cohésion, non seulement au sein des musiciens et chœurs mais aussi de l’œuvre dans sa globalité. Et ce malgré une distribution au talent manifeste. Défaut dont la mise en scène ne s’est d’ailleurs pas acquittée. Richard Jones choisit de monter un Parsifal sur fond d’iconographie culturelle et religieuse américaine. Proposition parfaitement viable sur un premier acte mais qui perd de son efficacité dès le second : de la part d’un britannique, nous attendions plus de finesse. 

Le plateau de l’Opéra Bastille se prête bien à ce dévoilement mécanique, et pourtant fluide, du décor. Les différentes salles se succèdent au rythme des allers et retours effrénés des jeunes hommes inquiets. Mais de ce concept de scénographie imposante et ambulante, Richard Jones se détourne très (trop) rapidement. La mise en scène devient alors ponctuelle, presque facultative. Ses effets à venir sont annoncés par leur présente absence et ce manque de constance donne lieu à une vision esthétique bancale. En confrontant parfois trop brusquement ses tableaux entre eux, Jones force une comparaison instantanée. Dès lors, les moments de pudeur donnent une apparence vide à la scène, tandis que lorsqu’elle s’habille de couleurs, ces dernières nous semblent outrancières.

Malgré tout, cette production a la chance d’être objet de résonances esthétiques et musicales : chef d’orchestre et metteur en scène s’écoutent, se regardent et vice-versa. Simone Young insuffle une forme d’enthousiasme sonore qui accompagne l’audace visuelle de Richard Jones. Œuvre monstrueuse et sacrée, Parsifal doit rester lieu de projections artistiques et d’ambitions ardentes. Mais la vivacité et l’efficacité doivent être outils et non résultats. Car à trop vouloir rendre une œuvre dynamique, on finit par en écorcher les contours. 

Parsifal / De Richard Wagner / Direction musicale Simone Young / Mise en scène Richard Jones / Avec Simone O’Neill, Marina Prudenskaya, Reinhard Hagen et Brian Mulligan / 5h10 / Du 24 mai au 12 juin à L’Opéra Bastille.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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