Les Harkis

Actuellement au cinéma

© Pyramide Distribution

En mars 1962, les accords d’Evian signent la fin des évènements d’Algérie, une guerre sans nom dont la douleur muette accable encore ses survivants. À peine murmurée dans le cinéma français, il faut attendre plusieurs décennies pour que la parole se libère, dans les maisons comme sur les écrans. Soixante ans plus tard, Les Harkis s’attèle à rendre compte d’une détresse encore taboue, celle des hommes algériens qui ont combattu pour la France.

Simple mais poignant, épuré et pourtant profond, le film de Philippe Faucon fait écho à La Trahison par son contexte spatio-temporel mais s’éloigne de son sillage en suivant une brigade harka perdue dans une Algérie reculée des grandes villes. À mesure que la guerre avance vers l’indépendance, les harkis s’inquiètent pour leur avenir, répudiés par leur terre de naissance et abandonnés par celle qu’ils défendent.

Si Les Harkis appartient aux catégories du film de guerre et historique, la mise en scène délaisse toute forme de spectaculaire. Pas d’explosion, pas de bataille sensationnelle ou de scène mélodramatique qui peuplent habituellement ces genres. Ici, c’est une chronique sur la vie de ces hommes algériens qui se battent pour la France, plus par obligation que par conviction, poussés par la nécessité de survivre, de subvenir aux besoins d’une famille dont ils ont la charge ou pour échapper à une exécution. Trois années sont balayées, rythmées par des ellipses qui n’en dévoilent que quelques bribes, des fragments de vie, d’errance, de fuite et de mort. Les personnages sont ballottés d’opérations en embuscades, à la recherche d’un ennemi qu’ils ne croisent pas toujours. Ils vagabondent dans des paysages arides où la roche sableuse n’est ni hostile ni accueillante.

Philippe Faucon propose une mise en scène en apparence minimaliste dont l’économie stylistique n’empêche pas une intensité tant narrative qu’esthétique. Les plans sont fixes, exploitent souvent le hors-champ où la violence s’exprime et dont les échos sonores éclatent à l’écran. Elle n’est pas néanmoins occultée ni minimisée. Des fragments surgissent à l’image, troublent le silence du désert et s’imposent pour rappeler l’extrême violence de ces conflits. Aucune musique ne vient accompagner cette intensité dramatique ; les regards se suffisent à eux-mêmes: Ceux des harkis, des français, des familles. Ils se mêlent, s’observent, se questionnent, se toisent, s’envient ou s’ignorent. Ils sont autant d’arcs narratifs que les dialogues ne traduisent pas, et qui confèrent au film toute sa puissance.

Les Harkis / De Philippe Faucon / Avec Théo Cholbi, Mohamed El Amine Mouffok, Pierre Lottin, Yannick Choirat / France / 1h22 min / Sortie le 12 octobre 2022 .

Auteur : Anna Suhasini Belmudes

Simplement une provinciale venue s'enivrer de la vie parisienne, une amoureuse des vagues et du cinéma, bercée par le soleil et le train qui entre en gare de La Ciotat.

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