Couleurs de l’incendie

Actuellement au cinéma

© Gaumont

Après le triomphe tant artistique que populaire d’Au Revoir là-haut, une suite était inévitable. Maintenant sous la direction de Clovis Cornillac (et sans avoir besoin de visionner le premier opus), Couleurs de l’incendie reprend les chroniques rocambolesques de la famille Péricourt dont la mort du patriarche réveillera les ambitions des uns comme les vulnérabilités des autres. Pris dans la tourmente, Madeleine Péricourt (Léa Drucker) et son fils Paul (Nils Othenin-Girard) subiront les traitrises et bassesses d’une France craignant l’écho lointain de la Grande Dépression à l’ouest mais surtout l’émergence d’un certain régime allemand à l’est.

Pierre Lemaitre est l’architecte principal des Couleurs de l’incendie. Le verbe truculent de l’auteur guide toute la construction narrative et dresse avec efficacité une myriade de personnalités marquantes pour mieux les voir s’allier et (surtout) se confronter. La maîtrise des rebondissements comme du suspense, admirable, donne à chaque scène un micro-récit nouveau faisant progresser la mécanique complexe et implacable de l’ensemble. Et si le spectacle proposé lorgne un peu trop vers l’entertainment à l’américaine, surtout à travers ses personnages archétypiques et son axe narratif sur-explicité, la plume de Pierre Lemaitre ne renie pas son esprit. Avec son sens de l’aventure et de la formule, union inespérée de Dumas et Audiard, l’auteur débride son imagination pour mieux nous faire découvrir ses personnages et une France au bord de l’abîme.

On aurait aimé que la réalisation soit au même niveau que l’écriture. Si la réussite du premier volet était aussi le fruit de la caméra virtuose d’Albert Dupontel, la comparaison avec Clovis Cornillac est peu flatteuse, voire même desservant le scénario. Les écrits hauts-en-couleurs de Pierre Lemaitre se heurtent à une colorimétrie grise et terne ; la puissance chorale du récit est en désaccord avec un profusion paresseuse de gros plans isolant les personnages dans un cadre claustrophobique ; les rebondissements, souvent renversants, sont restreints par un défilé de champ contre-champs avec lequel Clovis Cornillac a choisi de bâtir son film.

Malgré quelques fulgurances quant à la réalisation —notamment sa séquence inaugurale en plan-séquence— Couleurs de l’incendie est indéniablement un film de scénariste. On regrettera une deuxième moitié un peu trop facile quant aux traitements des fils narratifs si magnifiquement introduits, ainsi qu’un impact émotionnel parfois manqué. Toutefois, le manque de profondeur de l’expérience n’enlève rien au plaisir procuré, et c’est avec enthousiasme qu’on attendra la suite.

Couleurs de l’incendie / de Clovis Cornillac / avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde, Clovis Cornillac / France / 2 h 14 / sortie le 9 novembre 2022.

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