Qui a peur de Pauline Kael ?

Au cinéma le 16 novembre

© Dean Medias

Qui a peur de Pauline Kael ? s’intéresse à une autre époque, celle où quelques phrases sur un film dans un journal pouvaient déclencher un tollé. Sans dresser un portrait alarmiste de la critique cinéma d’aujourd’hui, force est de constater que nous sommes bien loin des années 1960, où un collectif de rédacteurs pouvaient prendre la main sur le cinéma français et influencer le monde entier. Dans un tel contexte, revenir sur une critique et son héritage ne peut qu’être réjouissant.

C’est donc avec plaisir que l’on découvre cette grande gueule californienne aux goûts imprévisibles et libres. Le documentaire est majoritairement constitué d’extraits de critiques ponctués par des témoignages enthousiastes de personnalités ayant connu ou étudié Pauline Kael, suivant un déroulé chronologique au rythme soutenu. On découvre une plume acerbe, haute en couleurs, polémique et souvent injuste mais particulièrement attachante. Tout en assumant de faire de la propagande, Pauline Kael est dénuée d’idéologie ou de grandes idées sur le cinéma, faisant avant tout appel à son instinct. Rejetant à la fois le cinéma commercial américain et une vision française de l’auteurisme, elle défend les films dans leurs individualités respectives et non en tant que fragments d’une mosaïque.

Pauline Kael est donc aux antipodes de l’image que l’on se fait d’une critique, et parcourir l’histoire du cinéma à travers son regard a quelque chose de fascinant. Mais puisqu’écrire une critique revient à faire de la politique, soyons plus exigeant : envisagerions-nous de regarder un portrait de politicien qui ne remettrait jamais en cause son action, ou qui ne présenterait pas les arguments de ses opposants ? Le documentaire n’est pas aveugle à la gratuité de certains textes, mais le ton complaisant et admiratif désamorce tout questionnement de fond et le système de Pauline Kael n’est jamais remis en question. Quel est l’impact de l’hyper-subjectivité d’une critique médiatisée sur un film ? N’y a-t-il pas quelques pépites méconnues qui ont pris des balles perdues ? Quelle est la responsabilité d’un critique dans la réception d’une œuvre ?

Ces questionnements n’appellent pas une seule réponse, mais leur absence questionne. Pauline Kael prônait le courage et n’avait que faire de la doxa ; remettre en question son héritage de façon pertinente et piquante aurait été un bel hommage. Ce documentaire a une démarche paradoxale : prônant l’esprit critique et la diversité d’opinion, il baigne dans une connivence gênante, bien plus proche de la publicité que d’un regard sensible. Qui a peur de Pauline Kael ? est un film intéressant et important pour la mémoire du cinéma mondial, mais il n’en demeure pas moins un objet étriqué traitant d’un électron libre.

Qui a peur de Pauline Kael ? / De Rob Garver / Avec Quentin Tarantino, Camille Paglia, Molly Haskell, Paul Schrader / États-Unis / 1h34 / Sortie le 16 novembre 2022.

Auteur : Corentin Brunie

Grand admirateur de Kieślowski, Tsukamoto, Bergman et Lars Von Trier, je suis à la recherche de films qui me bousculent dans mes angoisses et me sortent de ma zone de confort. Cinéphile hargneux, j’aime les débats passionnés où fusent les arguments de mauvaise foi. En parallèle de l'écriture de critiques, j’étudie le montage à l’INSAS et je réalise ou monte des courts-métrages à côté.

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