Falcon Lake

Au cinéma le 7 décembre 2022

© Tandem

Il a peur de l’eau, elle y plonge sans y réfléchir. Lui est plus à l’aise avec des enfants, elle boit et fume avec des jeunes adultes. Lui est amoureux, elle parle de fantôme. Daniel a 13 ans, Chloé en a 16. Bienvenue à Falcon Lake.

Difficile d’écrire un récit d’amour entre adolescents sans éviter les innombrables poncifs du genre. La réalisatrice Charlotte le Bon étale son univers sans s’embarrasser des nombreux clichés d’usage, avec l’amour naissant entre deux solitaires, l’arrivée d’un rival plus charismatique, les premières boissons, les jeux de séduction… Falcon Lake écrit les chroniques tendres —mais parfois prévisibles— de Daniel (Joseph Engel) et Chloé (Sarah Montpetit), dont les différences invitent autant la comédie que le drame. Parce qu’ils ne peuvent se voir que l’été, un sentiment de fugitivité traverse ces personnages obsédés par leur corps, par ce que les autres pensent d’eux… et par les fantômes.

Au-delà d’une histoire initiatique attendue, Charlotte le Bon surprend par l’emprunt de nombreuses figures de l’horreur. Lorsque Daniel et sa famille arrivent à Falcon Lake, la forêt se dresse autour d’eux comme une enceinte impénétrable, épaisse, suffocante. Pour leur première nuit, alors que la pluie et l’orage se déchaînent, Daniel constate qu’une silhouette le regarde dormir… Au lieu de bêtement poser une épouvante artificielle, Charlotte le Bon renverse ses éléments horrifiques pour mieux caractériser ses héros et leur monde. Les eaux impénétrables du lac, qu’on pourrait ne percevoir que comme source de menace, deviennent pour Daniel une arène lui permettant de confronter ses insécurités. L’obsédante figure du fantôme fait apparaître les tourments des personnages terrifiés à l’idée de ne jamais pouvoir trouver leur place.

Libre adaptation d’Une Sœur, roman graphique de Bastien Viviès, la réalisatrice adopte une approche très picturale de son récit. Si les acteurs ont pour la plupart un jeu très intériorisé, plus porté sur le geste que la parole, leur environnement se fait le vecteur de leurs passions troubles. Loin d’un symbolisme évident, la nature devient alors le dernier moyen d’expression de ces êtres incapables de se comprendre et de communiquer. Que cela soit le vent agitant les cheveux de Chloé ou l’eau mousseuse coulant le long de son dos nu, la texture de chaque matière jaillit de chaque image pour mieux faire ressentir le conte intimiste qui se joue entre Daniel et Chloé. 

Cependant, l’été doit se terminer. Après les soirées et les jeux, après l’alcool et l’amour, il faut partir. Le film trace soudainement une trajectoire plus sombre, lorsque les fantômes perdent le contrôle, que l’obscurité de la nuit gagne du terrain et découpe l’espace en de magnifiques tableaux. Dans une alchimie parfaite entre le teen-movie et le drame fantastique, les personnages comme les spectateurs se heurtent à la même conclusion : il est difficile de quitter Falcon Lake.

Falcon Lake / de Charlotte le Bon / avec Joseph Engel, Sarah Montpetit, Levi Doré / France / 1 h 40 / sortie le 7 décembre 2022

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