Professeur Yamamoto part à la retraite

Actuellement au cinéma

© Laboratory X

Suite officieuse a priori de Mental (2008) dans lequel Kazuhiro Sôda filmait déjà le professeur émérite au travail, Professeur Yamamoto part à la retraite se distingue par son portrait plus personnel, plus intime, du docteur. C’est d’abord dans sa clinique qu’on le retrouve – ou le rencontre –, en pleine consultation, écoutant, conseillant. Ses mots, ses patients les reçoivent et les appliquent comme un remède. Ils sont leur premier et principal traitement, selon la méthode du médecin, hito-gusuri, c’est-à-dire sa « médecine humaine », formule dont il est l’inventeur.

Pas étonnant donc que ses patients aient tant de peine à comprendre ce départ. Inquiets, désemparés, chagrinés, cette retraite résonne pour certains comme un abandon. Fidèle à son éthique de réalisation, Sôda filme ces entretiens sans artifice, s’applique à monter le plus possible à l’intérieur des plans, par un usage du zoom, afin de saisir au mieux les regards, les gestes furtifs, les expressions dans leurs détails, tout en respectant leur nécessaire et poignante ambiguïté. Ce qui transparaît de ces échanges, c’est la nature partagée du drame ordinaire en cours : celui du départ, de la fin bien sûr, d’un renoncement inévitable sous le poids des années. Car Yamamoto semble se désoler autant que ses patients de cette retraite forcée. Lui, accro à son métier, à ses malades qu’il admire pour leur pugnacité. Un rapport médecin-patient, montré sous le signe de la réciprocité et de la reliance, qui bouleverse par tendres affleurements.

Ce motif constitue le fil directeur du documentaire, alors même que son titre et son ouverture posent le thème de la rupture. C’est au fur et à mesure de notre entrée dans le foyer, et de quelques signes prégnants servis par le hasard des circonstances, que l’on voit s’esquisser les contours de ce récit d’un lien retrouvé. Le spectateur sait bien que Soda fait jaillir cette trame au montage, mais jamais il n’en décèle les coutures. Son dévoilement se fait prudent et progressif, en accord avec le goût du cinéaste pour la surprise, l’impromptue découverte, qu’offre l’observation de la réalité. « J’ai passé ma vie à coexister avec mes patients », au point d’en négliger son épouse, confie le professeur dans son salon. Rire. Expression d’un malaise. De Mme Yamamoto, désormais malade, le psychiatre prend soin à 82 ans, les genoux moins rodés, le dos lourd et pénible.

Si le film a des accents d’oraison funèbre avant l’heure pour un héros moderne et ordinaire – on dit adieu au médecin comme s’il allait mourir tandis qu’on parle au passé de Mme Yamamoto -, si l’épuisement semble dominer de séquences où chaque geste se lit comme un effort, la mort à venir se voit malgré tout vaincue par le triomphe de la reliance. Héros du réel, le professeur Yamamoto l’est bien, en tant qu’il incarne des valeurs et qualités qui définissent l’humain : l’empathie, la force d’âme, l’abnégation, et enfin la plus cruciale au crépuscule des jours et du corps : le courage de vivre. Un exemple si inspirant, et pourtant si humble, qu’au sortir de la salle on emporte avec soi.

Professeur Yamamoto part à la retraite / de Kazuhiro Sôda / Japon / 2h08min / Sortie le 4 janvier 2023

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