Ashkal, l’enquête de Tunis

Au cinéma le 25 janvier

© Jour2fête

Les Jardins de Carthage, c’est le nom donné à un projet de quartier résidentiel de Tunis, développé par l’ancien régime, sa construction est stoppée par la révolution. Alors que les travaux reprennent peu à peu, des corps calcinés seront retrouvés au milieu des chantiers. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Ashkal, l’enquête de Tunis est déjà l’une des expériences de cinéma les plus marquantes de ce début d’année.

Le film transforme et transcende avec originalité son intrigue d’enquête. En s’immolant, les victimes ne se débattent pas : sont-ils tués ou se sont-ils tués ? Comment arrête-ton un assassin qui n’assassine pas ? Entre tension, horreur et fantastique, Youssef Chebbi dilue le sentiment de terreur qu’attise son œuvre. Son inquiétante esthétique est de mèche avec ses thématiques violentes. Son formalisme est aussi imposant que menaçant : les carcasses d’immeubles abritent des cadavres calcinés. La bande son orageuse résonne dans ces espaces vides et le rouge des flammes vient lécher les parois grises.

Dans cette cité urbaine, le temps s’est arrêté. 2011 était une promesse de départ qui n’a pas pu être honorée. Le réalisateur pose un regard résigné sur cette ville corrompue et délaissée, cette prison de bitume qui abrite des habitants oubliés. La combustion est lente mais certaine : les flammes qui dévorent un corps finissent par en toucher un autre et ainsi de suite. Il y a quelque chose de la fatalité dans Ashkal, l’enquête de Tunis : les deux policiers, tout comme le spectateur, sont impuissants face à cette société qui s’embrase. La suite d’évènements est infinie. Le rythme du film est à l’image de ces feux qui se propagent doucement, presque délicatement mais irrémédiablement.

Youssef Chebbi mène son œuvre avec assurance et résilience. Le résultat est indéniable : Ashkal, l’enquête de Tunis est un film captivant et âpre. Via l’image de la mort, il plante son idée – voire son désir – dans l’esprit des personnages et des spectateurs. Une vision indélébile. 

Ashkal, l’enquête de Tunis / De Youssef Chebbi / Avec Fatma Oussaifi, Mohamed Houcine Grayaa et Rami Harrabi / Tunisie / 1h32 / Au cinéma le 25 janvier 2022.

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 31 rue Claude Bernard, 75005 Paris ; 0630953176

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