Tár

Au cinéma le 25 janvier

© Universal Pictures

Lydia Tár, brillante cheffe d’orchestre, prépare l’enregistrement de la 5e symphonie de Mahler. Les répétitions sont cependant troublées par d’inquiétantes rencontres et accusations. Thriller au crescendo implacable, le film de Todd Field ne s’embarrasse pas de fioritures scénaristiques : il touche à l’essentiel. 

Les 2h38 du film sont consistantes, rigides. Si le chef d’orchestre est maître du temps de la musique, le réalisateur devient celui de l’image. La temporalité et la spatialisation des sons de la 5e de Mahler trouvent écho dans l’intrigue et dans la fabrication du film. Le son lointain des trompettes qui entame la marche funèbre au début de la symphonie annonce les cris de détresse qui résonnent au milieu du parc. L’évocation de la mort s’enregistre hors plateau et se déroule en hors-champ. Et pourtant, elle est au cœur de l’œuvre ; on commence par lui faire face avec résignation puis avec agitation. Ce qui a lieu entre-temps demeure profondément ambivalent, indiscernable. Le métronome, les tremblements de jambes, les clics de stylos, cette ambiance sonore omniprésente rappelle que les secondes sont – et doivent – être comptées. C’est avec cette précision chirurgicale que le cinéaste érige son film en partition. 

L’esthétique froide, métallique n’offre aucune diversion au son, et la musique additionnelle est quasi inexistante. Tout nous ramène à la composition émotionnellement contrastée de Mahler, aux zones grises. Comme la symphonie, sa structure se fait en différents mouvements, aux thématiques distinctes quoiqu’évidemment corrélées. Chaque personnage, à la manière d’un instrument, se détache pour un solo ou un monologue, avant de reprendre sa place dans l’ensemble. Field alterne avec virtuosité les séquences harmonieuses et frénétiques, dirigeant son intrigue vers une apothéose proprement mahlerienne.

Quel dommage alors que tant de son film repose sur des mots. Si la longueur du film est justifiable, celle des dialogues l’est moins. Parfois, ces derniers sont aussi pinçants qu’appropriés et actuels mais, plus souvent, pour montrer l’érudition de ses personnages, le réalisateur leur fait réciter des anecdotes sur de grands compositeurs, qu’on dirait tout droit sorties de Wikipédia. Au lieu de donner un ressenti personnel, émotionnel sur ces œuvres, ils se contentent de conversations factuelles, qui semblent factices. Cette tentative de la part du cinéaste d’ostensiblement faire valoir sa culture et son intellectualité font que l’on peine à croire à la véracité de l’une ou de l’autre. Heureusement, Cate Blanchett se montre assez convaincante pour nous permettre de passer outre ces échanges superficiels. Elle fait preuve d’une force d’interprétation démesurée, et la folie contenue du personnage se lit dans le regard véhément de l’actrice. 

Tár est, à sa manière, un film courageux, presque radical. Et si certaines évocations musicales manquent de finesse, c’est aussi car Todd Field n’élude rien. Entre hommage émouvant à Leornard Bernstein et déclaration d’amour enflammée à la musique, le réalisateur retranscrit avec intransigeance le cheminement artistique, le bouillonnement créatif propre à cet art. Et, ce faisant, nous livre une œuvre cinématographique brûlante.

Tàr / De Todd Field / Avec Cate Blanchett, Nina Hoss, Noémie Merlant et Mark Strong / États-Unis / 2h38 / Au cinéma le 25 janvier 2023.

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 31 rue Claude Bernard, 75005 Paris ; 0630953176

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