Superpower

Berlinale 2023 / Prochainement

© The People Servant’s

Sean Penn et Aaron Kaufman se trouvaient à Kiev lorsque la Russie déclare la guerre à l’Ukraine. Réalisant un film basé sur la vie de Volodymyr Zelensky (un acteur de télévision qui devient président) ils vont assister à la transformation nécéssaire et impressionnante de celui qui les avait inspiré. Mais si le personnage de Zelensky était le protagoniste dans leur film, il n’y a aucun doute sur le fait que le protagoniste de Superpower n’est autre que Sean Penn.

Superpower se veut cru, intransigeant. Les images de l’Ukraine le sont mais celles de Sean Penn et son équipe sont dérisoires. Le documentaire semble avoir pour vocation de montrer tout : sur ses sujets mais aussi sur ses créateurs. À Volodymyr Zelensky épuisé, à l’apparence hirsute répondent des plans de Sean Penn avachi, se servant un autre verre de vodka. Plusieurs problèmes se posent alors : non seulement montrer ostensiblement l’alcoolisme de l’acteur dans un soucis de transparence – ou de provocation de mauvais goût – n’a que très peu d’intérêt mais participe aussi à la création d’une forme de malaise. Sean Penn couvrant la guerre en Ukraine, ces prémices nous laissaient suspicieux mais après avoir vu la consommation liquide de l’acteur, ils commencent à nous inquiéter. Il est finalement très peu nécessaire de montrer ce qui saute aux yeux : l’acteur tremble, a du mal à s’exprimer. Les questions qu’il pose aux intervenants se perdent au fur et à mesure qu’il les prononce, jusqu’à ne plus du tout faire sens. Et la gêne que l’on perçoit dans les yeux de ceux censés y répondre devient rapidement la notre.

Le second problème dans cette construction narrative et visuelle est le constant rapprochement entre Sean Penn et Volodymyr Zelensky. L’acteur se veut investi dans ce conflit plus que tout autre et, souvent, pour des raisons absurdes : « je fais ça pour mes enfants », répète-t-il. Lorsque la guerre est déclarée, Sean Penn et son équipe tentent de quitter le pays, via la Pologne. Superpower n’est donc pas plus sur les combats livrés en Ukraine que ceux de l’équipe du documentaire pour s’en enfuir. Le montage alterne images de Zelensky refusant toute aide pour quitter Kiev à celles de Sean Penn dans l’hôtel ou s’élançant sur les routes pour doubler rapidement la file de voitures qui attendent de franchir la frontière polonaise.

Cette ambition de créer un lien entre le président Ukrainien et Sean Penn se fait de plus en plus troublante au fil des rencontres. Après leur troisième interview, Sean Penn se permet accolades et réflexions des plus triviales sur Zelensky : « tu as déjà rencontré ce type ? », demande-t-il à un ami, comme s’il s’agissait de la coqueluche du moment. Ce qu’il croit alors – être utile à Zelensky en lui offrant une plateforme – est très évidemment l’inverse. Le président, conscient de la célébrité de Sean Penn, n’hésite pas à s’adresser au peuple américain par ce biais. Et les images le montrant demander des aides financières et militaires « maintenant » sont d’autant plus douloureuses à regarder lorsqu’on comprend qu’elles ne sont diffusées que maintenant, près d’un an après.

Plus le film avance plus l’on comprend qu’il y a quelque chose de profondément dérangeant – voire honteux – à regarder le président devoir répondre aux questions hébétées de Sean Penn pour espérer obtenir une certaine visibilité. Et on ne peut que souhaiter qu’elle le lui accordera car, à part servir ce dessein, il n’y a réellement rien d’autre qu’une œuvre aussi exécrable que Superpower puisse apporter.

Superpower / De Sean Penn et Aaron Kaufman / USA / 1h55 / Prochainement au cinéma.

Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 31 rue Claude Bernard, 75005 Paris ; 0630953176

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