Un simple accident

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© Memento Distribution

Dans Un simple accident, Jafar Panahi met en scène la rencontre entre des prisonniers politiques et leur tortionnaire. 

Le cinéaste iranien reprend une formule qui lui sied bien : plusieurs personnages s’embarquent dans un périple à bord d’un petit van, rythmé de quelques incursions dans le désert. Plus que des espaces de cinéma, ces lieux deviennent de véritables décors de théâtre. Les personnages citent En attendant Godot et les similitudes avec l’œuvre de Beckett sont nombreuses. Comme lui, Panahi aborde certaines questions philosophiques par le prisme de l’absurde. Un choix de registre qui déplace ce qui aurait pu être l’enjeu du film – l’empathie pour les personnages – vers quelque chose de plus inattendue mais aussi de plus exigeant ; cette tonalité créant automatiquement de la distance.

Les questions qu’Un simple accident pose ne sont pas toutes également pertinentes. Et l’interrogation centrale du film fait peut-être partie des moins perspicaces : faut-il répondre à la violence par la violence ? En plus d’une distance émotionnelle avec les personnages, cette problématique, déjà quelque peu surexploitée et ici traitée avec une forme de légèreté, prive aussi par moment le spectateur d’implication intellectuelle.

En revanche, une question novatrice que le film soulève est celle de la possibilité (ou l’impossibilité) de faire communauté entre victimes. Bien qu’ayant vécus une expérience similaire et collective, la douleur isole-t-elle au point d’empêcher les prisonniers de s’identifier les uns aux autres ? Les personnages de Panahi esquissent la question : ils ont partagé une prison, que se passe-t-il après ? Peut-on conserver ces liens ou est-ce vital d’au contraire les rompre ?

Mais la troupe emprunte finalement un autre chemin. Panahi utilise un ensemble de personnages pour apporter plusieurs réponses mais jamais pour questionner la notion même du collectif. Le groupe a pour fonction de réunir les opinions de différents individus, non pas d’agir en tant que groupe ; que ce soit par le biais de la narration ou de la mise en scène. Chacun s’exprime à tour de rôle, chacun à son temps de parole. Ces dialogues, très écrits et aux accents encore très théâtraux, empêchent toute réelle confrontation d’exister.

La mise en scène de Panahi est efficace : le cinéaste montre exactement au spectateur ce qu’il doit voir, lui fait écouter précisément ce qu’il doit entendre. Le montage ne laisse certes place à aucun temps mort mais aussi à aucune hésitation. Du simple accident, nous percevons la simplicité mais jamais l’accident. La caméra de Panahi est trop figée, trop sage pour permettre aux interactions de dégénérer, à l’intrigue de bifurquer. 

La scène finale illustre cette Palme d’Or en demi-teinte : le plan-séquence permet la synchronisation du temps et de l’espace ; le spectateur les traversant en même temps que les personnages. Comme eux, il attend une résolution alors que le cinéaste essaye de ménager du suspens. Le plan rapproché favorise la surprise en hors-champ et son surgissement. Mais le coup de théâtre n’arrivera pas. Le van suit sa route, sans accroc ; et le film suit son cours, sans impact. 

Un simple accident / De Jafar Panahi / Avec Vahid Mobasheri, Maria Afshari, Ebrahim Azizi, Hadis Pakbaten, Madjid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr / 1h41 / France-Iran / Festival de Cannes 2025 – Compétition Officielle.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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