L’Ombre du feu

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les yeux rivés sur le présent, plongés – volontairement ou non – dans une spirale de violence, les protagonistes mis en scène par Shin’ya Tsukamoto n’ont que faire de ce qui les attend demain, si tant est que le terme leur soit familier. À entendre les paroles d’un ex-soldat japonais, clamant que “peu importe comment on tombe, il n’y a pas d’avenir”, on serait tenté de voir en L’Ombre du feu, dernier opus de sa trilogie guerrière entamée avec Fires on the Plain puis Killing, une logique prolongation des concepts nihilistes établis. Mais une rupture, discrète, est pourtant bien là.

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Daaaaaali !

Actuellement au cinéma

© Atelier de production - France 3 Cinema 2023

Alors que pleuvent, ces temps-ci dans les salles obscures, les biopics en tous genres, le prolifiquissime Quentin Dupieux s’attaque au frappadingue Salvador Dali… Tournoi au cours duquel le roi de l’absurde au cinéma portraitise le marquis, insigne peintre espagnol et principal représentant du surréalisme. Deux artistes décalés et appréciés du public. Un long-métrage qui promet. Ce titre éponyme n’en est pas moins le signe d’un biopic, on s’y attend. Une comédie dupieusienne d’ailleurs un peu plan-plan.

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Dogman

Au cinéma le 27 septembre 2023

© Shanna Besson – LBP–EUROPACORP–TF1

« Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien ». Outre l’incongru d’imaginer Besson lecteur de Lamartine, ou d’un livre tout court, difficile de ne pas relever que, parmi toutes les grandes figures romantiques, il fallut qu’il cite le plus grave et plaintif en exergue de Dogman. Quelques mots empruntés et le ton est donné, aussitôt confirmé par une séquence d’ouverture suintant de poisse où tonne si pesamment un air factice de mystère sous une musique écrasante. Un début qui nous assure, malgré les désastres que furent Valérian et Anna, de l’attachement indéfectible du cinéaste à ses principes d’emphase et de pathos ad nauseam.

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Rencontre avec : Céline Sciamma

Giornate degli Autori s’affirme comme une compétition à part au sein de la 79ème Mostra du Cinéma de Venise, presque intime et familiale. L’évènement autonome dans le cadre de la Biennale de Venise a fêté sa 19ème édition, riche d’un jury de 27 jeunes cinéphiles européens, chacun ambassadeur de son pays – et où je représentais la France. La présidente du jury n’était autre, cette année, que Céline Sciamma, scénariste aux multiples facettes, depuis le film d’animation poétique jusqu’au drame romantique et politique du 18ème siècle, réalisatrice viscéralement moderne. Quelques minutes après la délibération finale du Jury, le 9 septembre 2022, nous sommes revenu avec Céline Sciamma sur son rôle de présidente, sur cette compétition, sur le festival de Venise, et immanquablement, sur son rapport au cinéma.

Comment est-ce que tu appréhendes ce rôle de présidente du jury ? L’idée de juger un film, qu’est-ce que ça t’inspire ?

Pour moi, c’est plutôt l’idée d’une sélection globale. Je suis moins intéressée par qui va gagner que par l’opportunité d’avoir comme une photographie d’un moment du cinéma contemporain, dans une section qui regarde aussi plus le cinéma de la marge. On voit des films qu’on aurait pas du tout l’occasion de voir autrement. L’idée même de cette dégustation à l’aveugle du film est une expérience que l’on trouve uniquement en festival et c’est très précieux. Je ne suis pas dans la question du goût, pour moi c’est vraiment politique, aussi, de choisir les films. Il arrive qu’on ait une passion absolue et à ce moment-là il faut se battre de tout son coeur ! (rires) Mais mon rôle, en tout cas ici, c’est plus d’entendre les jurés, de les aider à faire un choix, qui fait qu’ils seraient fiers de leurs discussions. Pour moi, lorsqu’on est président, on décide quasiment moins que lorsqu’on est membre d’un jury.

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