Une grande fille

Actuellement au cinéma

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@ARP Sélection

En 1945, à Leningrad, le retour est difficile pour celles et ceux qui reviennent du front… Physiquement et psychologiquement atteints, très peu ont réussi à retrouver une vie normale. C’est dans ce contexte qu’Iya et Macha travaillent comme aide-soignantes dans un hôpital militaire, après avoir été démobilisées. Dans ce lieu où l’on peut aussi bien donner la vie qu’euthanasier pour soulager, se dévoile toute l’ampleur de la souffrance d’une population qui doit vivre à la suite d’un tel cataclysme… Après Tesnota (2018), un des grands chocs cinématographiques de ces dernières années, Kantemir Balagov signe un deuxième film aussi maitrisé que le précédent. Un impressionnant portrait de femmes pour un film d’époque récompensé par le prix de la mise en scène en sélection Un certain regard, au dernier Festival de Cannes.

Inspiré par le livre La guerre n’a pas un visage de femme, publié en 2004 par Svetlana Aleksievitch (Nobel de littérature en 2015), le réalisateur a sans doute puisé dans sa lecture la force essentielle et fragile qui construit ses personnages féminins. Les deux héroïnes nouent entre elles une relation tortueuse, autour d’une question de maternité qui est à la fois désirée et mise en danger. Leurs corps sont souvent proches, en communion comme en opposition, toujours exposés, exprimant extérieurement leurs problèmes intimes et moraux. Comme dans Tesnota, un sentiment d’étouffement manifeste la difficulté pour un personnage à se libérer d’un autre. Kantemir Balagov a le don de conférer une réelle profondeur aux destins qu’il raconte, en un seul plan capable de marquer de façon indélébile notre rétine et notre esprit. À l’image de celui montrant Iya en crise de paralysie, pâle et immobile, tandis qu’une partition bruits saccadés remplit douloureusement l’espace.

L’accumulation de malheurs qui accable, à travers les deux femmes et ceux qu’elles rencontrent, la société russe d’après-guerre, ne saurait être regardée comme un cauchemar. Une lumière ocre omniprésente, des touches de peinture verte lors d’une étreinte violente, des compositions quasiment picturales dignes de grands maitres, la puissance visuelle d’Une grande fille éblouit constamment le spectateur. Elle illumine le drame. Un mélange de chaud et de froid qui étourdit les sens, pour s’imposer comme un remède à la dureté des événements.

En regardant ce film réalisé par un cinéaste de 27 ans, éclairé par une directrice de la photographie de 24 ans, interprété par deux actrices qui sont encore étudiantes dans une école de jeu, il y a de quoi penser sans trop prendre de risque que l’avenir du cinéma russe se place entre de bonnes mains.

Une grande fille / De Kantemir Balagov / Avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov /  Russie / 2h17 / Sortie le 7 août 2019

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