La Dolce Vita

Rétrospective Palme d’or

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Marcello Mastroianni (Marcello Rubini), Anita Ekberg (Sylvia) © Consortium Pathé

Les années soixante marquent le renouveau artistique du cinéma italien, son essor économique et son rayonnement international. Alors qu’une nouvelle génération de cinéastes se dessine, cette ère moderne est pourtant incarnée par des auteurs plus âgés. Parmi eux : Federico Fellini. En 1960, le réalisateur remporte la Palme d’or avec La Dolce Vita.

Le film, censuré et interdit aux moins de dix-huit ans à sa sortie, est à l’image de sa séquence d’ouverture : deux hélicoptères transportant une statue du Christ, volent au-dessus des ruines romaines – ne se privant pas d’un détour par les terrasses sur lesquelles se font bronzer des jeunes femmes – pour se rendre au Vatican. Rome devient le théâtre d’une confrontation irréconciliable entre l’ancien et le moderne. Dans les années cinquante, la ville se transforme en terrain de jeu pour les stars américaines qui se laissent séduire par un climat plus méditerranéen.

Par le biais de son personnage principal, Fellini filme cette fascination pour la décadence occidentale. Marcello est tiraillé entre un désir intellectuel d’écrivain et son travail journalistique qui lui donne accès à des soirées mondaines. Le personnage oscille entre une mélancolie romantique et une passivité presque fade. Témoin de tout ce qui l’entoure, il est rarement à l’origine de ce qui lui arrive. Il est l’incarnation d’une génération oisive prônant avant tout la poursuite de la jouissance absolue.

Ces carnavals de jazz au milieu des ruines où l’on danse le rock en costumes antiques, participent à la création d’un univers tout à fait féerique. Dans ce dernier, les actions ne paraissent jamais entrainer de conséquences. Toutes les ressources humaines et matérielles doivent être mises au profit de la recherche d’idéaux : le beau, l’amour, la joie. Toute une panoplie de personnages s’adonne de manière grotesque à la quête insatiable du plaisir. L’extase perpétuelle serait l’unique remède contre l’ennui.

Mais ce mode de vie, guidé par le désir, perd de sa saveur rapidement. En s’y enfermant, les personnages renoncent non seulement à toute forme de réalité concrète mais aussi au charme agréable de passe-temps plus innocents. En privilégiant le sensationnel, ils délaissent toute forme de naturel. Prolonger démesurément cet état de satisfaction ne laisse ensuite place qu’à une réalité plus brutale. L’esthétique douce de la nuit annonce le désordre du jour. Après des soirées de débauche avec une actrice américaine divine, Marcello doit s’occuper de sa fiancée malade. Après un diner fascinant chez son ami écrivain, il apprend son suicide. Chaque moment d’euphorie onirique entraîne son contrepied pragmatique, jusqu’à ce qu’un choix entre les deux univers devienne inéluctable.

La Dolce Vita trouble de par cette structuration précise, en apparence confuse. Les jours et les nuits se heurtent autant qu’ils se mélangent. À l’image du quotidien de ses protagonistes, le cinéaste donne à la répétition une allure spontanée et à la désillusion un aspect festif. Le chaos romain n’aura jamais été aussi miraculeux.

La Dolce Vita / De Federico Fellini / Avec Marcello Mastroianni, Anouk Aimée, Anita Ekberg / Italie / 2h54 / 1960.

Auteur : Chloé Caye

cayechlo@gmail.com

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