Licorice Pizza

Au cinéma le 5 janvier 2022

Cooper Hoffman et Alana Haim. © 2021 Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc. All Rights Reserved

Avec Phantom Thread, Paul Thomas Anderson nous avait laissé à Londres dans les années 50, sur l’image d’un couple uni par un lien singulier, dans une harmonie née de dissonances et de luttes. On le retrouve aux Etats-Unis dans les seventies, huit ans après le vaporeux Inherent Vice, dans sa vallée chérie de San Fernando avec Licorice Pizza, récit intime sur les chemins retors d’un amour bourgeonnant.

Le jour de la photo de classe, Gary, 15 ans, aborde Alana, 25 ans. C’est le début d’une relation forte et inattendue qui va progressivement se tisser entre les deux personnages. Or, parmi les nombreux agents de ce lien incongru figure un objet. Un objet symbolique et matriciel, de ceux que l’on croise souvent chez Anderson, comme l’harmonium de Punch Drunk Love. C’est un matelas à eau, objet typique de l’Amérique des années 70 dont le business est une opportunité pour Gary de conquérir la jeune femme. Ce n’est bien sûr pas un hasard si « Soggy Bottom », nom de l’entreprise du jeune protagoniste, était aussi le titre de travail du film, tant son essence même s’incarne dans cet objet frivole et confortable qui donne une impression de flottement, cet état propre à la jeunesse qu’illustre également le trajet tortueux des personnages.

Mais le waterbed connote aussi l’insouciance de cet âge et celui d’une époque. Novateur à sa création, désuet aujourd’hui, il est le signe de l’évanescence d’un monde qui fut plein de promesses, finalement non tenues. Et si Anderson ressuscite somptueusement ce monde perdu, c’est moins par nostalgie élégiaque à la Tarantino (Once Upon a Time in Hollywood, 2019) que pour refléter les aspirations miroitantes de ses personnages pour qui tout est en devenir. D’où les élans fougueux d’Alana et Gary dans les rues de Los Angeles, qui courent pour fuir le monde décevant, si ce n’est sinistre, des adultes. Ils poursuivent le sens de leurs inclinations qui les mèneront inéluctablement l’un vers l’autre.

Telle est l’une des grandes qualités d’Anderson, celle de savoir traduire, toujours via la mise en scène, les affects de ses personnages. Et de nouveau dans Licorice Pizza, c’est avant tout par elle que l’émotion affleure. Lors d’une conversation téléphonique muette, ou d’une séquence de course au milieu de kilomètres de voitures en panne. Dans un dernier élan, enfin, qui clôt délicatement le film sur la plus belle des promesses.

Licorice Pizza / De Paul Thomas Anderson / Avec Cooper Hoffman, Alana Aim, Bradley Cooper / Etats-Unis / 2h13 / Sortie le 5 janvier 2022.

Une réflexion sur « Licorice Pizza »

  1. Un même sentiment agréable court le long de mon souvenir encore frais de ce film. Ta chronique en fait un juste tour. Je m’arrête sur ce titre de « soggy bottom », qui faisait sens, alors pourquoi « licorice Pizza » et ses vinyles chantants ?

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