Armageddon Time

Au cinéma le 9 novembre

© Focus Features, LLC.

Qu’il se loge dans les tréfonds d’une banlieue américaine, aux confins de l’espace ou d’une jungle amazonienne, l’intime est toujours conçu comme protagoniste principal de la carrière cohérente de James Gray. Depuis Little Odessa, le cinéaste a à cœur de filmer l’intériorité de personnages puis, par extension, d’une Amérique meurtrie et rongée par ses obsessions. Après s’être penché sur des sujets et des genres plus épiques ou lyriques, avec The Lost City of Z et Ad Astra, James Gray décide de revenir à un sujet plus confidentiel avec Armageddon Time, inspiré de sa propre jeunesse dans le Queens.

Héritier du cinéma classique hollywoodien, James Gray n’a jamais été un artiste excessif, préférant souvent aux grands mouvements d’appareil une pudeur bienvenue. Pourtant, Armageddon Time décontenance dès ses premiers instants, non pas en se dirigeant vers une forme de cinéma-mouvement, auquel l’auteur reste toujours étranger, mais en poussant encore plus loin cette économie de la mise en scène. Rarement chez James Gray la caméra, ses effets ou encore la bande-originale n’ont paru si discrets. D’aucuns pourraient penser l’approche académique, mais c’est pourtant par la simplicité de son dispositif que Gray décuple les émotions ressenties. Armageddon Time n’est pas un long voyage vers l’autre bout de la galaxie ou un polar aux enjeux familiaux cornéliens, il est une œuvre « minuscule » (dans le plus humble sens du terme), se concentrant continuellement sur des enjeux à hauteur d’enfants.

À l’image du récent Licorice Pizza (Paul Thomas Anderson, 2022), l’essence du film ne réside pas dans un portrait littéral de L’Amérique des années 80 et de son histoire mais bien dans la proximité avec laquelle James Gray donne vie à ses personnages au sein de leur époque. Néanmoins, le cinéaste n’ellipse pas cette toile de fond, il l’étire comme cadre spatio-temporel, théâtre de la vie de son personnage tourmenté, et comme terreau des enjeux ou problématiques qui contaminent peu à peu la vie de Paul.  

Le teen movie, a priori détaché de tout discours politique, se transforme peu à peu en état des lieux alarmant sur la société américaine d’hier et d’aujourd’hui, de sa méritocratie illusoire jusqu’à sa xénophobie systémique. L’Armageddon qui donne son titre au film ne désigne finalement rien d’autre que le chant du cygne d’une Nation au bord de l’effondrement, se complaisant autour d’idéaux chimériques que l’auteur démantèle avec désenchantement. Au milieu de ce chaos imminent, voire déjà présent, les dernières traces d’harmonie ne résident pas dans une impossible reconnexion, familiale ou amicale, mais dans un ultime dialogue posthume qui, dans la continuité d’Ad Astra, lance un ultime appel à la résilience.

Armageddon Time / De James Gray / Avec Banks Repeta, Jaylin Webb, Anne Hathaway, Jeremy Strong, Anthony Hopkins / 1h55 / USA / Au cinéma le 09 novembre 2022.

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