Hallelujah, les mots de Leonard Cohen

Actuellement au cinéma

© The Jokers / Bookmakers

Quand on pense à Leonard Cohen, on pense à la pureté. Pureté de la voix, du texte, d’une musique qui sait accompagner et amplifier, sans jamais masquer la beauté simple des mots. Dommage que le documentaire de Dayna Goldfine et Dan Geller n’ait pas su suivre le modèle de son sujet. Le film est à l’image de son titre ; trop verbeux, rempli jusqu’à ras bord d’images, de témoignages, d’histoires, sur lesquels il ne prend pas le temps de s’arrêter et d’approfondir.

Les réalisateurs suivent les étapes du parcours de Leonard Cohen, de sa première scène, qu’il joue avec une guitare désaccordée et qu’il décide de quitter plutôt que de s’humilier davantage, jusqu’à ses dernières tournées, entre 2008 et 2013, qui l’emmènent de Coachella à Tel Aviv en passant par Londres et Sydney. Au centre, son chef-d’oeuvre, Hallelujah, qui fait partie de l’album Various Positions, et que le CEO de Columbia refuse. Le film montre la lente redécouverte du morceau, qui s’infiltre aux Etats-Unis par la porte de derrière – une petite maison de production – et qui est repris par Bob Dylan, puis par John Cale, et enfin par Jeff Buckley. C’est avec l’interprétation de ce dernier, si populaire que beaucoup pensent même qu’il est le compositeur de la chanson, qu’Hallelujah renaît.

La gestation d’Hallelujah n’a pas été facile. Il a fallu plus de cinq ans à Cohen pour l’écrire, et ses carnets sont montrés, avec toutes les itérations par lesquelles le morceau est passé, chaque ligne travaillée et retravaillée, chaque mot pensé, chaque rime soigneusement examinée. Les versions d’Hallelujah défilent, les couplets sont réarrangés par chaque interprète, et par Cohen lui-même, mais le film ne nous laisse pas le temps de réfléchir à la signification de ces changements. Il préfère montrer le triomphe de la version aseptisée sur les plateaux de télé-crochets américains, les chanteurs entourés de choeurs et de paillettes, plutôt qu’explorer les rapports entre la sexualité, la divinité et la judaïté qui sont pourtant au centre du texte.

Il est vrai que les images données à voir sont fascinantes. Les entretiens avec Judy Collins, chanteuse et grand amie de Cohen, avec John Lissauer qui a fait les arrangements de Various Positions, ou avec la photographe Dominique Isserman, qui a partagé la vie de Cohen pendant les années de travail sur Hallelujah, permettent de cerner avec plus de précision ce chanteur à la voix grave et à l’air sombre. Mais le film s’embourbe dans ce matériau trop abondant et semble parfois oublier son sujet principal. Il est à l’image de Death of a Ladies’ Man, cet album réalisé par Cohen et Phil Spector, dans lequel les mots du chanteur se battent pour conserver leur place face à un mur déferlant de musique, sans qu’aucun des deux ressorte vainqueur de cet affrontement.

Car ce sont bien les mots de Leonard Cohen lui-même qui portent le film : la simplicité grave de ses paroles, son calme tranquille, qu’il soit dans un monastère zen ou sur un plateau télé à devoir commenter le rejet de son album. À Londres en 2008, une spectatrice lui crie :  »J’adore votre voix ! » ; riant doucement sous son chapeau, il répond :  »Vous êtes bien la seule ». Il n’y a pas besoin d’artifice, de montage effréné, ou de musique dramatique en arrière-plan. Il suffit que le film s’évanouisse pour que la poésie puisse surgir.

Hallelujah, les mots de Leonard Cohen / De Dayna Goldfine et Dan Geller / Avec Leonard Cohen / États-Unis / 1h58 / Sortie le 19 octobre 2022.

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