Compétition officielle

Au cinéma le 1er juin 2022

© StudioCanal

Il est éminemment cocasse que Compétition officielle ait concouru l’année dernière pour le Lion d’or au festival de Venise. Familiers des récompenses et des festivals internationaux, les cinéastes Mariano Cohn et Gastón Duprat ont dû se féliciter, en se tenant les côtes, d’une sélection qui hisse leur film vers un troisième degré jouissif et inopiné, alors que la seule place qu’il accorde aux Lions d’or et aux Goyas, aux Palmes et aux médailles, est dans un broyeur. C’est à travers cette séquence forte, la plus mémorable, que le nerf de la satire féroce du duo argentin se découvre.

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Festival de Cannes 2022

75e édition

Sans Filtre © Plattform-Produktion

Les journalistes sur place l’ont assez répété : malgré une compétition de bon niveau cette année, aucun film ne s’est réellement détaché dans la course à la Palme. Pas vraiment de chef d’œuvre donc, ni de palme évidente au rendez-vous, mais de belles émotions tout de même et de l’incompréhension, aussi, suite à l’annonce du palmarès qui ne nous a pas pleinement satisfaits. Contrairement à une grande partie de la presse, ce n’est pas devant Sans filtre (Triangle of Sadness) et sa palme d’or que l’on s’est étranglé. On a même beaucoup jubilé devant cette nouvelle satire de Ruben Östlund où un couple de mannequins-influenceurs en croisière sur un yacht voit son luxe propret et confortable voler en éclats. Sur le bateau, tout déborde, tout explose dans un chaos où l’on vomit et où l’on fait vomir le capitalisme. Il est par ailleurs assez ironique que le festival ait choisi de récompenser un film qui en reflète certains de ses aspects, tels que le culte des apparences et les différences de classe. En somme, peut-être est-ce moins le cynisme du film qui dérange ses détracteurs que le miroir qu’il tend à nos viles hypocrisies.

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La réalité de l’image selon Cronenberg : Vidéodrome et eXistenZ

Rétrospective David Cronenberg / Analyse

Max Renn (James Woods), captivé par l’image de Nicki Brand (Debbie Harry) sur Vidéodrome © S.N. Prodis

S’il est bien sûr reconnu comme l’éminent cinéaste du corps et de ce qui y grouille à l’intérieur, s’il est l’initiateur de ce que les commentateurs ont nommé le « body horror », ce sous genre de l’horreur qui se saisit du corps comme principal objet filmique, soumis à des transformations et de multiples transgressions, Cronenberg s’est toujours et tout autant penché sur les qualités de l’esprit, de la psyché et de l’impalpable. En témoigne l’empreinte de la psychanalyse sur ses récits, au point d’apparaître au grand jour comme jamais auparavant dans A Dangerous Method (2011), qui relate les balbutiements de cette science au début du XXème siècle. Ses films bâtissent également des univers mentaux gouvernés par une logique du fantasme, comme dans Le Festin nu (1991) où, fidèle à l’imaginaire chaotique et foisonnant de Burroughs, la réalité de Bill Lee se dissout dans un flux d’hallucinations provoqué par l’inoculation d’une poudre anti cafards. Un schéma narratif similaire se retrouve dans Vidéodrome (1983) et eXistenZ (1999), bien que l’objet causal de l’égarement psychique et perceptif des personnages y soit d’une toute autre nature.

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Limbo

Au cinéma le 4 mai 2022

© Dark Star Presse

Alors que son sujet présupposait un traitement réaliste, d’autant que le cinéma britannique en a fait son quasi sacerdoce, Limbo opte audacieusement pour l’absurde et le décalage. En attendant la lettre, celle qui leur donnera le droit d’asile en Angleterre, des réfugiés bloqués sur une île inhospitalière d’Écosse sont contraints à… attendre. De ce groupe ressort Omar, jeune musicien syrien couvert d’une parka bleue que le spectateur suit dans ses tribulations stériles. Amir El-Masry interprète brillamment ce personnage à la mine taciturne, presque invariablement blasé, dont la mélancolie teintée de drôlerie rappelle l’ antihéros keatonien. À travers son regard, l’acteur parvient à refléter la présence d’un passé intime et douloureux qui sépare fatalement le jeune homme de sa nouvelle réalité.

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Prayers for the Stolen

Actuellement sur Mubi

© Pimienta films

Issue du genre documentaire, Tatiana Huezo signe avec Prayers for the Stolen (Noche de Fuego, pour qui préférera l’espagnol) sa première incursion dans la fiction, un genre qui déjà lui sourit puisque le film fut distingué par une mention spéciale à Cannes l’an dernier, dans la section Un Certain Regard. Une moindre récompense pour une œuvre marquante qui fut l’un des chocs discrets de cette édition.

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I Comete

Au cinéma le 20 avril 2022

© 5à7 Films

Pendant les grandes vacances, dans un village corse. Un village comme ils le sont tous en été sur l’île de beauté. Tour à tour, des ados se charrient sur la place de l’Église ; des enfants chantent assis sur un muret de pierres ; deux amis pêchent et conversent en bord de la rivière ; une vieille femme pense à voix haute sur le monde qui s’enlise… Dans I Comete, l’univers fictionnel se déploie en vaguelettes successives, en des instants saisis en plans-séquence et fixes dont on ne perçoit pas de prime abord les relations.

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Vortex

Au cinéma le 13 avril

De gauche à droite : Dario Argento, Alex Lutz et Françoise Lebrun © Wild Bunch Distribution

Dans Lux Aeterna, sorte de remake furieux et ensorcelant de La Nuit américaine, Gaspar Noé semblait tout entier dévoué à la tâche de saisir, au milieu du chaos, un moment d’éternité. Un fragment d’immuable. À la lumière éternelle, Noé substitue cette fois sa tragique extinction, une fluxa lux à laquelle il aura préféré le titre Vortex, hérité lui aussi du latin et signifiant « tourbillon ». Voilà le projet du film : capter dans sa durée « la mort au travail », l’implacable déliquescence de l’esprit dont la vision apparaît plus terrible encore que celle du corps en tant qu’elle signifie notre pleine finitude.

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Plumes

Au cinéma le 23 mars 2022

© Still Moving

La Nuit. Un cri. Un homme brûle dans la cour d’une usine décrépie. Acte de transgression suprême, l’immolation par le feu érige celui qui la choisit, et la subit, au rang des martyrs, des sacrifiés pour une cause collective. En choisissant d’ouvrir son film par une telle séquence, qui ranime en nous nombre d’événements et d’images chocs qui ont jalonné notre histoire récente et, nécessairement, celle du cinéma (Dans Persona par exemple, les images documentaires du Bonze s’immolant à Saïgon en 1962), Omar El Zohairy lui confère d’emblée une portée politique, pour mieux l’acheminer ensuite vers la fable kafkaïenne.

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L’Histoire de ma femme

Au cinéma le 16 mars 2022

Gijs Naber et Léa Seydoux © Pyramide Films

« Femme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes », eût pu tout aussi bien écrire Baudelaire dans son poème L’Homme et la mer. Cette vérité, le capitaine Jakob Storr la découvrira tout au long de ses années de mariage et au-delà, sans jamais parvenir à la conjurer. L’Histoire de ma femme est une histoire d’abîmes, une histoire trouée, fruit du regard d’un mari qui, à l’image de ces vues à travers des hublots, semble poser un cache sur le réel.

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La Légende du roi crabe

Au cinéma le 23 février 2022

Gabriele Silli © Shellac Sud

Au cinéma, il arrive que l’on déniche quelques bijoux insoupçonnés. La Légende du roi crabe, servi par un titre peu séduisant et une visibilité médiatique proche du néant, comme il est de coutume hélas pour ce cinéma aux ambitions non commerciales, est de ces œuvres inattendues qui ravissent, étonnent, procurent cette émotion rare que vise toute œuvre d’art. Dans ce qui est leur premier long-métrage de fiction, les réalisateurs Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis parviennent, au sein de la forme a priori mineure du conte traditionnel, à générer une indéniable force romanesque.

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