Parasite

Palme d’or – Festival de Cannes 2019
Actuellement au cinéma

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©The Jokers / Les Bookmakers

  Le cinéma du sud-coréen Bong Joon-ho a toujours investi les genres avec une éblouissante maîtrise formelle, au service d’un constant plaisir du récit et d’un discours clairvoyant sur son époque : le film policier avec Memories of Murder (2003), la science-fiction avec Snowpiercer (2013) ou encore la fable écologiste avec Okja (2017). Parasite, quant à lui, se trouve à la croisée du drame, du thriller et de la comédie, mêlant admirablement bien l’exercice de mise en scène à la réflexion sociale. Le film oppose deux familles : d’un côté, les Kim, vivant à l’étroit dans un sous-bassement piteux à peine ouvert sur l’extérieur, obligés de se connecter à la wi-fi des voisins et gagnant un peu d’argent en pliant des cartons à pizza ; de l’autre les Park, riches bourgeois habitant une maison d’architecte – le fils est un enfant-roi, les parents ont la naïveté de ceux qui n’ont jamais manqué de rien. Le point de contact entre ces deux familles que tout oppose intervient par l’intermédiaire du fils des Kim, à qui un camarade propose de le remplacer pour donner des cours d’anglais à la fille des Park. Il fabrique un faux diplôme (ce qui lui vaut les éloges de son père), et obtient son passe-droit pour pénétrer dans la demeure ultra-moderne. Le jeu d’imposture et le duel de classes peut commencer.

  Avec une ingéniosité et une force plastique de tous les plans, Bong Joon-ho s’attaque au système de castes d’une société qui asphyxie les classes dominées. L’intrusion de la famille pauvre dans l’univers de la famille riche a pour effet de révéler lentement ces barrières, et de signaler un profond mal-être, appelé à être violemment extériorisé. Qui sont et où sont les véritables parasites ? Est-ce que ce sont les laissés-pour-compte, attirés par le confort de vie dont ils ont toujours été privé ? Ou bien les richissimes privilégiés, incapables de vivre sans être assistés ? Ces questions sont rapidement dépassées par la perversité du scénario de Bong Joon-ho, qui met à mal la verticalité des dynamiques sociales, sans misérabilisme ni complaisance. Celles-ci sont matérialisées par une utilisation impressionnante des espaces : les étages de la maison rendent compte de la hiérarchie même de la société, où la menace première serait que les exclus décident de ne plus rester à la place qui leur est assignée. Rien de pesant pourtant dans toute cette symbolique, tant le rythme, les situations et les dialogues introduisent de véritables moments de comédie (notamment grâce au talent de l’acteur Song Kang-ho, qui en est à sa quatrième collaboration avec le cinéaste). Bong Joon-ho ose aussi quelques grosses ficelles dans le cheminement du plan d’invasion, pour mieux insister sur le grotesque de la situation. Et le risible devient troublant… Dans ce film où la férocité anti-conformiste de Chabrol (une influence revendiquée par le cinéaste) aurait rencontré la précision filmique des plus grands formalistes, le mélange de réalisme et de cinéma de genre (qui vire au slasher, dans une scène effroyable et très graphique) est constamment surprenant.

Parasite / De Bong Joon-ho / Avec Song Kang-ho, Cho Yeo-jeong, So-Dam Park / 2h12 / Corée du sud / Sortie le 5 juin 2019

4 réflexions sur « Parasite »

  1. Chabrol et Clouzot sont en effet deux influences assumées par Bong dans son discours de remise de Palme, mais on peut voir aussi se détacher de sa farce sociale et cruelle des ressemblances avec le dernier film de Jordan Peele, Us. La différence tient néanmoins au fait que la famille Kim cherche à vivre aux dépens des Park, et non pas les éliminer pour les remplacer comme dans Us. Il y a pourtant cette opposition claire entre ceux du dessus et ceux du dessous, métaphore stratigraphie d’une société à deux vitesses, quelle soit américaine, ou qu’elle soit coréenne.
    Bravo pour votre article dans lequel je me retrouve pleinement.

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    1. Il est vrai que ce sont deux home invasion que l’on peut rapprocher par certaines thématiques. La mise en scène et le mélange des genres chez Bong Joon-ho sont à mon sens plus efficaces et aboutis que chez Jordan Peele. Merci pour ce retour !

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  2. Comme princecranoir, je me retrouve dans cette critique qui souligne les particularités du cinéma de Bong Joon-ho. Le terme « constamment surprenant » résume bien le film qui se renouvelle au fur et à mesure et est d’une grande richesse thématique et formelle. Du même Bong Joon-ho, on peut aussi citer le formidable The Host, où la satire « bongienne » (un genre en soi désormais), est à son sommet.

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