Aimer perdre

Actuellement au cinéma

© UFO Distribution

Beaucoup de films se plaisent à tromper le spectateur sur le programme qu’ils s’apprêtent à dérouler, mais Aimer perdre n’est pas de ceux-là, s’ouvrant à la faveur d’un long dézoom tourbillonnant et d’un titre pailleté, annonçant tous deux l’énergie d’une entreprise en marge. Cette belle introduction amorce surtout le point d’ancrage du dispositif esthétique, non pas vouée à tourner à vide autour d’une hystérie générale, mais centré sur une présence. Cette figure, monopolisant en gros plan les premières secondes du film, est Armande Pigeon, jeune Bruxelloise sans le sou, allant de galère en galère.

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Mickey 17

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.

Mickey 17 n’est pas mort. Il gèle au fond d’un gouffre de glace, il a mal, il gémit, mais il n’est pas mort, du moins pas encore. Mickey est de la chair à canon exilée dans l’espace. Il avait besoin de quitter la Terre coûte que coûte, alors il s’est engagé à devenir un Remplaçable, un être humain dont on sauvegarde la mémoire et dont on réimprime le corps à volonté dès qu’il est détruit dans les tâches ingrates et variées qu’on lui fait exécuter. Un éternité de rat de laboratoire, sauvée de l’absurdité totale par la présence de Nasha, qui l’aime et qu’il aime. Retour au gouffre : il n’est pas mort. C’était une demi-heure, trois quarts d’heure ? Pas certain. En tous cas, c’est long pour une exposition, ça traîne et on se demande si le film va finir par démarrer ou si l’on est condamné à assister pour les deux heures à venir aux péripéties des Mickey qui s’enchaînent, dument commentées par une voix off monocorde – quoi qu’occasionnellement amusante – qui nous explique sagement les tenants et aboutissants des sociétés humaines de 2054.

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A Real Pain

Actuellement au cinéma

© Fruit Tree Media

Cette année 2025 marque le quatre-vingtième anniversaire de la libération des camps de la mort. À mesure que le temps nous éloigne des événements tragiques qui secouèrent l’Europe à la fin de la première moitié du XXe siècle, le cinéma est plus que jamais traversé par la nécessité d’imager cette page de l’Histoire comme une mémoire vivante, incarnée. L’an passé, La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer s’interrogeait déjà sur la muséification qui guette la Shoah et, présentement, The Brutalist de Brady Corbet évoque à sa manière le besoin impérieux pour les survivant·es de transmettre leur vécu aux générations futures. Second long-métrage de Jesse Eisenberg, A Real Pain emprunterait presque le chemin inverse, en confrontant des personnages déracinés, à la recherche d’une épiphanie concernant leurs origines juives, à cette période sombre du grand récit de l’humanité.

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Vingt dieux

Actuellement au cinéma

© Pyramide films

Vingt dieux. Juron qui promet tout un paysage, dans la campagne du Jura, et qui pouvait sentir de loin les relents coutumiers du pittoresque. Un faux pas que la cinéaste Louise Courvoisier, qui a grandi en Franche-Comté, s’épargne au profit d’un réalisme romanesque à la fraîcheur et l’authenticité revigorantes pour notre œil de spectateur, usé depuis quelques années en France par des moissons de drames ruraux plus ou moins pertinents, souvent cantonnés au champ du discours social (voir notamment Au nom de la terre, parmi les exemples éminents).

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The Substance

Actuellement au cinéma

© Mubi Deutschland

Après Revenge, récit de vengeance qu’on appelle, car soyons précis, rape and revenge, The Substance tend à jouer une autre vengeance. Le très sanglant épilogue éruptif et cathartique, régurgitant à la face du « grand monde » sa cruauté envers les femmes et leur corps, la confirme et la signe. L’ambition d’une revanche du corps, de la matière, sur ce qui le fige. Le stéréotype. Et, à la manière de la victime qui retourne contre son bourreau sa violence, Coralie Fargeat s’empare frontalement du langage du patriarcat, ce male gaze bien aimé, pour en extraire la laideur.

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El Profesor

Actuellement au cinéma

© Pucara Cine

D’abord, la mort. Une crise cardiaque du professeur Caselli, titulaire de la Chaire de philosophie à l’université de Buenos Aires. Fermeture à l’iris, effet récurrent du film marquant ses influences burlesques, puis nous voilà au cours de Marcelo Pena, bras droit du défunt, qu’il achève en convoquant Rousseau et sa méfiance à l’égard du progrès. La comédie dramatique (plus dramatique que comique), bien qu’écrite avant l’élection de Javier Milei, semble dès lors refléter un climat d’inquiétude partagée dans un pays en crise, empêtré dans un ultralibéralisme vorace. Une inquiétude qui touche particulièrement les milieux intellectuels et culturels alors que les ressources allouées aux universités publiques, en rapport avec le taux d’inflation, ont drastiquement diminué.

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Marcello Mio

Actuellement au cinéma

© Les Films Pelleas

Une affaire de famille. Tel est le cinéma d’Honoré, métafilmiquement – on y retrouve souvent des visages fidèles – et thématiquement, tâchant de redessiner les contours de la sphère familiale. Une affaire de famille, mais aussi de fantômes, ce qu’illustrait plus foncièrement que jamais Chambre 212. Dans Marcello Mio, c’est moins un spectre qui hante le présent que les vivants qui hantent les absents. Au point d’en ressusciter. Chiara Mastroianni devenant le fantôme de son père dans une fiction où chacun campe son propre rôle, participant d’une comédie rêveuse où l’identité vacille.

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LaRoy

Actuellement au cinéma

© The Exchange

Dans une voiture, sous le ciel nocturne du Texas, le psychopathe n’est pas celui qu’on croit. Une ouverture sous haute tension qui place LaRoy sous le régime des apparences, de la duplicité et du malentendu. Ce dernier informe le récit, puisque c’est d’une méprise que pleuvent les mésaventures truculentes et sanglantes du pauvre Ray (John Magaro) pris à sa grande infortune pour un tueur à gages par un quidam à l’air patibulaire, mettant ainsi sur sa route un beau paquet de biftons. Alors même que notre Ray éploré manque de se griller la cervelle.

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Drive-Away Dolls

Actuellement au cinéma

© Focus Features. LLC.

Un road trip de deux lesbiennes à l’aube du troisième millénaire, traquées par des gangsters dégénérés en quête d’une valise mystérieuse qu’elles transportent par mégarde, voilà un pitch bien connu qui a de quoi faire saliver. Surtout qu’il est signé par Ethan Coen, dont le frère a été remplacé à l’écriture par son épouse, Tricia Cooke. Naturellement, on s’attendra à retrouver tout de même le ton grinçant du duo culte, sous les roues d’une intrigue au fantasque inquiétant et rocambolesque. Faux départ : privée de son copilote, la machine est en panne.

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Vampire humaniste cherche suicidaire consentant

Actuellement au cinéma

© Wayna Pitch

Le premier long-métrage d’Ariane Louis-Seize dresse le portrait atypique et décalé d’une jeune fille de soixante-huit ans, Sasha : jeune, parce qu’elle est un vampire et que ces derniers vieillissent bien plus lentement que le commun des mortels. Sous ses airs renfrognés et sombres (son regard qui « tue ») elle renferme un cœur tendre, qui l’empêche de commettre des meurtres pour se nourrir. 

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