J’accuse

Actuellement au cinéma

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Jean Dujardin, sobre et juste dans le rôle du colonel qui contribua à faire innocenter Alfred Dreyfus ©Guy Ferrandis / Gaumont

Humilié devant ses confrères de l’armée, le capitaine Alfred Dreyfus, tremblant de déshonneur, est dégradé. C’est la première séquence du film, plongée dans un Paris grisâtre, où l’austérité la plus sèche de l’univers militaire règne sur tous les visages stricts. Cette destitution n’est pas la conclusion mais le coup d’envoi de l’affaire Dreyfus, dont les multiples rebondissements forment un matériau historique et romanesque inouï : pendant douze ans (1894-1906), la France s’est déchirée autour de cette injustice derrière laquelle se cache un antisémitisme généralisé.

Envoyé sur l’île du Diable en Guyane, le capitaine Dreyfus, accusé d’avoir donné des informations secrètes aux Allemands, s’absente très vite du film. Evaporé, derrière des barreaux à l’autre bout du monde, il est un problème évacué pour les hauts dignitaires français. Pour tout le monde, sauf pour un homme, le lieutenant-colonel Picquart. Un nom que l’on connait peu mais qui nomme pourtant celui qui a été décisif pour faire innocenter Dreyfus. C’est sur lui que le film se focalise, et par qui le dossier Dreyfus s’ouvre de nouveau. Promu chef du service des renseignements, il va se rendre compte que cette affaire est montée de toutes pièces, démontant une à une les soi-disant preuves qui ont déchu Alfred Dreyfus.

« Emporter des secrets dans la tombe, mais c’est l’essence de notre profession », entend-on cyniquement dans la bouche d’un membre de l’armée… C’est précisément ce à quoi se refuse Picquart. De comparaisons graphologiques en découvertes grâce à des espions, il entame un examen des faits minutieux où la vérité se lit sur des bouts de papier. En se heurtant à tous ses supérieurs rangés du même côté antidreyfusard, il n’agit pas par indignation face à l’antisémitisme devenu une tradition, mais uniquement par esprit de justice. Le scénario de Robert Harris restitue ainsi rigoureusement le déroulé de l’affaire, avec une fluidité narrative remarquable dont témoignait The Ghost Writer (2010), resté en mémoire comme le dernier grand film de Roman Polanski, déjà co-écrit par Harris. Grâce à la maestria de la mise en scène du cinéaste, cet art du récit d’enquête fait primer le thriller d’espionnage sur le risque de la leçon d’histoire.

Jean Dujardin, sous l’uniforme de Picquart, incarne la droiture avec une grande justesse, et Louis Garrel (Alfred Dreyfus), vieilli, dégarni, tout en nervosité, surprend encore davantage. Autour d’eux, pour incarner tous ces hommes à moustache qui inspirent la raideur, on retrouve de nombreux acteurs issus de la Comédie-Française : J’accuse est un film de parole. Si les mots sont à la fois le vecteur de la vérité et du mensonge, ce sont par eux que la conscience morale parvient à s’exprimer, et à triompher peut-être. L’accent mis sur la rhétorique et le soin porté à l’éloquence rendent justice à la finesse des répliques, sans donner lieu à de moments ampoulés. Les scènes de procès, notamment, vont à l’essentiel et ne se perdent pas dans le superflu. À l’image de la précision de l’ensemble de la reconstitution historique qui fait de J’accuse, à ce titre, un film exemplaire.

J’accuse / De Roman Polanski / Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud / France – Angleterre – Pologne / 2h12 / Sortie le 13 novembre 2019.

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