La Détention

Festival de Cannes 2026

©  TS Productions

La Détention se présente comme une continuité de La Liberté (premier long-métrage de Guillaume Massart), tant dans la forme du titre que dans son thème. Deux films qui, partant de situations concrètes (le premier nous montre le déroulé d’une formation de surveillant pénitencier, le second explorait une île-prison) se veulent des études sur des concepts  : la détention et la liberté. Ici donc, c’est dans l’École Nationale d’administration pénitentiaire que le cinéaste a posé sa caméra. Dans l’enceinte de ces murs, Guillaume Massart se concentre sur une classe composée d’une dizaine de visages aux réactions aussi variées que leur nombre face à la découverte progressive de leur métier.

Entre les murs

Cinéma et école ont souvent fait bon ménage. Par une drôle d’équation, la projection d’un cours sur écran s’avère souvent plus intéressante que son suivi réel – privilège du cinéma et de son montage, tout autant que de la caméra et de son point de vue extérieur. À la fois au-dedans et au-dehors de ces cours de l’administration pénitentiaire, nous, spectateurs, pouvons jouir de leur pédagogie ainsi que des dynamiques internes, parfois invisibles à l’œil humain, qui les agitent. Guillaume Massart fait de ces dynamiques et de leur évolution le centre de son film. Fractionné d’écrans noirs, La détention montre ainsi chronologiquement la formation d’aspirants surveillants pénitenciers, du premier cours à la répétition pour la cérémonie de diplôme. Visages d’abord neutres face à un premier professeur autoritaire qui teste leur docilité, ils finissent par adopter des attitudes diverses et affirmées au fil de cours et de stages sur le terrain.

Le travail est, lui, laissé entièrement hors-champ. L’effet produit est fort. Les instructeurs, pour la plupart, sont les promoteurs d’une pratique relativement bienveillante et humaine de leur travail. Mais, alors que les étudiants enchaînent les stages et expériences concrètes, leurs retours viennent se heurter aux règles apprises en cours. Le hors-champ, lieu du déchaînement de la violence, est relayé par les paroles des étudiants. Ils relatent : un collègue frappe un détenu, un autre refuse de les appeler Monsieur, d’autres encore humilient une néo-arrivante de 72 ans. Face à cela, il est intéressant d’observer les réactions des instructeurs. Que des débordements aient lieu, ils ne le nient pas, mais que l’Institution soit à remettre en cause n’est pas envisageable. Se met en route alors la fameuse rhétorique des bavures individuelles qui s’opposent à la répression organisée. Par sa mise en scène de pure observation, Guillaume Massart ne juge en aucun cas les personnes, instituteurs ou étudiants, qu’il filme. C’est l’entrechoquement entre des individualités et la structure qu’elles rencontrent qui intéresse le cinéaste.

Plusieurs élèves sont réticents face aux pratiques de leurs collègues. Cependant, face aux concessions des instructeurs et, surtout, de leurs camarades qui déjà se trouvent ravis de faire usage de leur force, ils cèdent. En filmant ses coulisses, La détention nous montre que l’exercice du pouvoir est un théâtre. Guillaume Massart nous en dévoile la violence intrinsèque, et, parfois même, son ridicule. Sous la pluie, en T-shirt, selon une décision arbitraire de la direction, nos étudiants désormais diplômés chantent (terriblement mal) la Marseillaise. Symbole d’une harmonie artificielle, ils s’apprêtent à rentrer dans les ordres ; à se conformer à la structure, ou à la quitter.

La Détention / de Guillaume Massart / France / 2h12 min / Festival de Cannes 2026 – L’ACID

Laisser un commentaire