Le titre du film est évocateur. Langue étrangère, le troisième long-métrage de Claire Burger, est une histoire de langues : deux organes qui se rencontrent au moment de l’échange d’un baiser ; mais aussi une communication entravée par des mots que l’on cherche, que l’on ne trouve pas, et qui séparent.
D’une nuit à une autre. Dans la noire obscurité de la réserve du musée du quai Branly-Jacques Chirac, gisent vingt-six trésors royaux, attendant de revenir à la vie, de renaître de ce que Mati Diop filme comme un espace limbique. Par du vide et de la durée. De cet abîme, la voix d’une statue résonne. La prosopopée, cette figure qui donne à l’objet une parole, affirme une autre voie pour la reconquête par le Bénin de son identité, de sa mémoire, ni strictement politique, ni culturelle. Une voie poétique.
« Je viendrai te voir jusqu’à t’en rendre malade » énonce Ingrid (Julianne Moore) à Martha (Tilda Swinton). Deux amies perdues de vue depuis des années se retrouvent dans la chambre de l’une d’entre elles, celle de Martha. Une chambre, car c’est à l’hôpital que cette ancienne reporter de guerre entame son dernier combat.
Le rectangle d’une blancheur éclatante se découpe sur un fond noir de murs et de gradins invisibles. Quelque part, les voix désincarnées de deux présentateurs résonnent : en blanc, pour la République islamique d’Iran, Leila Housseini, en bleu le Canada, l’Allemagne, la Roumanie, la Géorgie… Les silhouettes s’avancent, la caméra se rapproche du visage de Leila (Arienne Mandi) tendu par la concentration. Sur ce tatami, c’est plus qu’un combat de judo qui va se jouer : c’est la lutte pour un idéal sportif et humain.
En pleine discussion téléphonique avec sa mère, la jeune Antonia ne tarde pas à mettre fin à l’appel puis ferme les volets de sa chambre d’hôtel. D’un plan inaugural vraisemblablement anodin, À son image révèle déjà en catimini toutes ses obsessions. Le volet qui se referme ici opère autant comme mimétisme du procédé photographique que comme acte de mort annoncé. Pour ceux qui en doutaient encore, De Peretti rappelle d’emblée que son fin talent de metteur en scène trouve sa plus belle expression dans la discrétion de ses plans-séquence et de leurs évocations.
Mira est une élève modèle d’un pensionnat d’élite, situé au nord de l’Inde. Alors qu’elle vient de décrocher un statut honorifique, récompensant ses capacités intellectuelles et son tempérament moteur auprès de ses camarades, elle fait la rencontre de Sri, son opposé en tout point de vue. Dans un univers régit par des codes traditionalistes strictes, reflété par la mise en scène (des coupes brutes, des plans géométriques), Mira découvre la naissance du désir.
Les frères Larrieu présentaient cette année au Festival de Cannes leur bouleversante adaptation du livre éponyme de Pierric Bailly, Le Roman de Jim. Ancré dans la réalité de notre époque, voici le récit de l’aventure d’un personnage illustrant avec justesse les schémas familiaux d’aujourd’hui. Mis en scène comme un véritable roman visuel, le passage du livre à l’image est retranscrit à merveille dans une œuvre qui questionne la paternité au sein d’une famille recomposée. Mais si le film est dédié à Jim, c’est Aymeric (Karim Leklou), son père adoptif, qui raconte l’histoire.
Philippe, vos films sont très souvent autobiographiques mais au sein même de ce cadre, on retrouve des thèmes récurrents ; comme la découverte du désir et du sentiment amoureux à l’adolescence. Pourquoi revenez-vous sans cesse à ces moments ? Qu’essayez-vous de capter, voire de comprendre ?
Philippe Lesage : Effectivement, peut-être que j’essaye de comprendre quelque chose qui m’échappe toujours. Mais j’aime bien avoir un peu de distance par rapport aux moments que je vais mettre en scène. D’ailleurs, dans mon prochain film, les personnages seront plus vieux ; ça monte toujours un peu en âge. Dans Comme le feu, ce qui est différent, c’est qu’ils sont confrontés à des adultes. Dans la jeunesse, ce qui m’interpelle c’est cette idée d’avenir : on arrive plein d’optimisme, d’idéalisme et on vit de grandes émotions pour la première fois, le sentiment amoureux étant peut-être celui qui nous déstabilise le plus. Et, malgré toutes les désillusions, toutes les déceptions, on continue de tendre la main aux adultes mais ils ne nous aident pas, au contraire, ils essayent de nous écraser, de nous punir. Dans mes films, il y a souvent cet ordre patriarcal très oppressant, destructeur pour les plus jeunes. Et j’espère que mes jeunes personnages vont être capables de rester intactes, de vouloir aimer sans chercher à se protéger. Car toutes les petites déceptions on les garde avec nous. On peut alors décider de vivre comme les personnages adultes du film, c’est à dire dans le regret, dans l’insatisfaction ou bien on garde ces déceptions en soi et on essaye d’en faire quelque chose de créatif, de beau, de porteur.
Arieh, est-ce cet élément qui vous a plu dans le cinéma de Philippe et qui vous a donné envie d’en faire partie ?
Il était une fois un téléphérique à la peinture orange et écaillée qui traversait une vallée verdoyante, où les fruits juteux se ramassent à l’épuisette et où des bouteilles de vin atterrissent dans des bottes de foin. Il était une fois deux opératrices de téléphérique, qui se croisaient toutes les demi-heures et tombaient amoureuses, sans un mot. Il était une fois un petit monde féérique où nous convie Veit Helmer avec ce film muet, empreint d’une agréable folie douce mais qui peine cependant à tenir la distance.
Le premier long métrage de Johanna Pykkö plonge le spectateur dans un thriller psychologique dont les codes esthétiques comme narratifs sont bien assimilés, sans pour autant susciter de surprise quant au retournement final, somme toute prévisible.