« L’art le plus noble est celui de rendre les autres heureux » s’exclame, devant un public restreint mais passionné, la diva Beluga (Fabrice Morio), maitre de proue du cabaret drag La Sirène à Barbe. Au cœur de la ville de Dieppe, ici perpétuellement nocturne, bordée par la mer où voguent des grands navires silencieux, le jeune Erwan (Victor Grillot) pêche seul et rêve de se vêtir d’écailles pour nager au large. Une volonté de transformation qui entre en écho avec le cabaret et sa troupe d’artistes, famille chaleureuse mais abîmée. Il n’appartient qu’à Erwan d’entrer sur scène à la dérobée, par les coulisses, pour découvrir ce monde de paillettes et de lumières fluos. Mouvement similaire aux réalisateurs Nicolas Bellenchombre et Arthur Delamotte, en admiration de ce milieu qu’ils cherchent à honorer par ce long-métrage entre le documentaire et le mélo. Une intention honorable mais perdue dans une exécution parasitée par la naïveté et l’amateurisme.
Jules, une drag queen resplendissante est agressée un soir dans ce qui semble être un petite ville d’Angleterre. Après ce traumatisme, les couleurs se tarissent : les talons deviennent baskets, les jupes des joggings et les hauts arc en ciel des sweat-shirts monochromes. Mais alors qu’il s’apprête enfin à délaisser son canapé pour une piste de danse, Jules croise son attaquant dans un club gay. Commence alors un jeu de vengeance dangereux entre les deux, dans ce que les réalisateurs Sam H. Freeman et Ng Choon Ping appellent un « queer noir ».
Last Dance, premier long métrage de Coline Albert, assiste avec douceur et intelligence la fin crépusculaire de Lady Vinsantos, drag queen célèbre dans le milieu underground de la Nouvelle-Orléans. La raison ? Son interprète, Vince DeFonte, ne supporte plus ce personnage qu’il incarne depuis des décennies et qui parasite sa vie. De la jeunesse à la cinquantaine, de l’Amérique à Paris, des rires aux cris, Coline Albert nous offre un documentaire saisissant, portrait d’un homme en crise et de son univers (trop ?) envoûtant.
Quelle a été la genèse de votre projet ?
J’ai rencontré Vince par hasard, aux champs de course, un espace très populaire à la Nouvelle-Orléans pour ses sorties et ses Bloody Mary. Il est arrivé après un spectacle, sans sourcil, avec quelques paillettes mais toujours son physique très masculin. Son aspect androgyne m’a tout de suite frappé. Il m’a raconté par la suite qu’il tenait une école de drag queen. Cela rejoignait mon projet de tourner un film sur la Nouvelle-Orléans et en particulier sur son énergie créatrice permanente.
Votre séquence d’introduction développe une atmosphère onirique, presque surréaliste, qui détonne un peu avec le reste du film, ancré dans le quotidien de Vince. Pourquoi ce choix de mise en scène pour ouvrir votre film ?
Le film découle d’un désir de faire un film sur la Nouvelle-Orléans, un endroit particulier où je devais tout de suite ancrer les personnages, leur univers. L’introduction présente une parade à Mardi Gras, une tradition locale, dont Lady Vinsantos était la Reine. Cette séquence souligne la présence de Vince dont le film épouse le caractère très sensible, sujet aux brusques changements d’humeur. C’est un homme très chaleureux, qui rigole beaucoup, et la minute suivante il montre un air plus sérieux, très grave, souvent triste.
Le microcosme autour de Vince est moins décrit comme une entreprise que comme une grande famille, alternative aux Drag Race notamment. Était-ce la raison principale derrière votre mise en scène très humaine, très proche des personnages ?
Bienvenu dans l’Atelier de Vince, où les robes défilent, les perruques s’élèvent et les paillettes brillent. À l’entrée, des personnes de tous âges et tous milieux, désireux d’accomplir leurs rêves ; à la sortie, la scène et le public, avec leurs promesses et leurs fardeaux. En son centre trône Vince, roi malgré lui, ayant atteint la célébrité avec son personnage de Lady Vinsantos. Las de ce personnage qu’il incarne depuis des décennies, il prévoit alors un dernier spectacle, à Paris.