The Old Oak

Au cinéma le 25 octobre 2023

© Wild bunch Germany

À 87 ans, l’ancien combattant Ken Loach paraît plus que jamais fatigué. Au moins autant que son héros las mais résistant TJ Ballantyne, tenant à bout de bras son Old Oak (en français : vieux chêne…), dernier pub de son village minier du nord de l’Angleterre, paupérisé suite aux fermetures successives des mines, dans l’indifférence étatique. Alors que viennent s’y installer plusieurs familles de réfugiés syriens, notre brave Ballantyne, dont le nom rime avec « choukrane » (et qui a une lettre près s’appelait comme le whisky), choisit, sous l’impulsion de sa jeune amie Yara, d’ouvrir deux fois par semaine dans son bar une cantine gratuite pour les nécessiteux, accueillant familles de réfugiés et de déclassés.

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Faux mouvement

Rétrospective Wim Wenders

© im Wenders Stiftung, Albatros Produktion, Solaris Film, WestDeutscher Rundfunk (W.D.R.)

Un an après l’errance de deux solitaires dans Alice dans les villes, Wim Wenders retrouvait celui qui deviendra son acteur fétiche, le blond taciturne et séduisant Rudiger Vögler, dans Faux mouvement, nouveau road movie cette fois-ci en couleurs mais autrement plus grisâtre dans le ton, épaississant un style et un univers fondés sur le sentiment postmoderne de l’épuisement et celui romantique du désenchantement, sources d’un besoin immodéré de mouvement.

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Dogman

Au cinéma le 27 septembre 2023

© Shanna Besson – LBP–EUROPACORP–TF1

« Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien ». Outre l’incongru d’imaginer Besson lecteur de Lamartine, ou d’un livre tout court, difficile de ne pas relever que, parmi toutes les grandes figures romantiques, il fallut qu’il cite le plus grave et plaintif en exergue de Dogman. Quelques mots empruntés et le ton est donné, aussitôt confirmé par une séquence d’ouverture suintant de poisse où tonne si pesamment un air factice de mystère sous une musique écrasante. Un début qui nous assure, malgré les désastres que furent Valérian et Anna, de l’attachement indéfectible du cinéaste à ses principes d’emphase et de pathos ad nauseam.

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Le Livre des solutions

Au cinéma le 13 septembre 2023

The Jokers Films

Les films de Michel Gondry commencent souvent par une fuite. On fuit le naufrage d’un amour par l’oubli dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), l’ennui d’une vie morne dans La Science des rêves (2006), ou encore, dans son dernier long métrage Microbe et Gasoil (2015), la perspective peu réjouissante de vacances en famille. Le Livre des solutions s’ouvre ainsi par une fuite physique, une sortie de champ, qui n’est autre que l’évasion d’un cadre commercial et normatif que Gondry a toujours eu à cœur de contourner.

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Banel et Adama

Au cinéma le 30 août 2023

© Tandem films

Banel et Adama. C’est le nom d’un jeune couple qui s’aime passionnément, dans un petit village reculé du Sénégal. Mais Banel, elle, aime encore plus passionnément que l’autre. Banel et Adama, c’est aussi le nom d’un lieu. Le lieu d’un songe, celui d’un amour inconditionnel, libre absolument, vécu loin de la tribu, de tous les devoirs, du poids des traditions, et figuré par deux maisons ensevelies sous des dunes. Enfin, Banel et Adama, malgré ses nobles sentiments, c’est hélas et surtout le titre d’un film que très vite on oublie.

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Barbie

Au cinéma le 19 juillet 2023

© Warner Bros

Faire sérieusement la critique de Barbie : un événement héroï-comique qui arrive rarement dans une vie, qui plus est pour une œuvre à laquelle personne ne croyait avant que Mattel ne concrétise le projet en 2019 et ne sollicite les talents d’une autrice à la mise en scène, Greta Gerwig, accompagnée au scénario par son mari Noah Baumach. De quoi métamorphoser un cauchemar annoncé en curiosité de l’année, nourrissant quelque espoir d’y trouver, malgré la mainmise industrielle, le regard singulier de la cinéaste au service d’une satire acérée, pop et loufoque. Hélas, devant le spectacle navrant d’un récit façonné comme les standards qu’il critique, on n’espère vite plus qu’une chose de Barbie : qu’elle se flingue aux barbituriques.

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Une Nuit

Au cinéma le 5 juillet 2023

© Marie-Camille Orlando

Malgré le discret coup d’éclat que fut Guy, lequel a fait soudainement d’Alex Lutz un cinéaste à prendre au sérieux, c’est prudemment que l’on aborde Une Nuit, avec l’intuition qu’elle risque d’être longue. Il faut dire qu’on le sent venir, le Before Sunrise (Richard Linklater, 1995) version quinquas, un peu vulgaire et bovaryste, au romantisme sirupeux. Certains retours cannois en propageaient la saveur, tout comme la bande-annonce. Quelques vents que le film, et c’est heureux, dissipe. En grande partie.

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Il Boemo

Au cinéma le 21 juin 2023

© Nour Films

C’est par une transaction que s’ouvre Il Boemo. Un misérable billet, glissé vers ce qu’il reste du célèbre Josef Myslivecek, compositeur adulé quelques années plus tôt, désormais aux abois, déchu, rongé par ses balafres syphilitiques qui l’on reconduit hors du « monde », dans l’ombre, sans le sou. Contre les affres du réel, et surtout de la bonne société viciée, hypocrite et matérialiste, que peut l’artiste et son amour de la beauté ? Hélas, pas davantage que ce qu’implique la condition d’un jeune métayer de Bohême en prises avec les élites d’une Venise décadente.

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Love Life

Au cinéma le 14 juin 2023

© LOVE LIFE FILM PARTNERS & COMME DES CINEMAS

Être en couple, c’est tenter au présent de mêler deux passés pour bâtir un futur. Entreprise périlleuse, défi aux contingences du réel, vérité amère et puissante que Love Life dévoile délicatement au prisme du mélodrame. Un genre auquel Kôji Fukada donne un nouvel éclat, soudainement capable via ses artifices dramatiques de faire jaillir la complexité des êtres, d’en déployer les replis sans jamais trahir leurs mystères.

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Perfect Days

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

On le croyait perdu notre poète des paysages, sauvages ou urbains, errant comme ses personnages, égrenant ça et là quelques documentaires oubliables et fictions peu inspirées, pour ne pas dire ratées. On le retrouve au Japon, notre cinéaste itinérant, admirateur d’Ozu dont il avait suivi les traces en 1985, dans son documentaire Tokyo Ga. Avec un art similaire de l’épure, du cadrage et de la durée, Wenders arpente de nouveau la capitale sous un visage inattendu : celui de ses toilettes publiques.

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