Santosh

Actuellement au cinéma

© Taha Ahmad

D’une façon discrètement singulière, la matrice de Santosh se décèle dans le point de vue qu’il adopte, en tant qu’il semble réfléchi subtilement à l’intérieur du récit par l’immersion dans un milieu d’un personnage qui lui est a priori étranger. Santosh (Shahana Goswami), dont on ne quittera pas le regard ni les affects, a perdu son mari policier, tué lors d’une manifestation violente. Via un programme légal de « recrutement compassionnel », la jeune veuve reprend l’emploi de feu son époux au sein de la police indienne. Santosh, endeuillée, hantée par son souvenir, se substitue ainsi à lui ; une femme se substitue à un homme ; un regard à un autre regard.

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Only the River Flows

Actuellement au cinéma

© KXKH Films

Les premières minutes de Only the River Flows suscitent l’espoir inopiné d’un thriller moins balisé qu’attendu. Dans un prologue métaphorique, un enfant affublé d’une cape en plastique s’amuse avec ses compagnons à reproduire une scène de poursuite. Cherchant ses amis, le faux petit flic pousse une porte donnant sur le vide, une ville dévastée, comme en chantier. Indice d’une œuvre réflexive, politique, traversée par les enjeux socio-économiques de l’époque qu’elle décrit, et d’une enquête erratique sous le régime du doute et d’une béance infranchissable.

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El Profesor

Actuellement au cinéma

© Pucara Cine

D’abord, la mort. Une crise cardiaque du professeur Caselli, titulaire de la Chaire de philosophie à l’université de Buenos Aires. Fermeture à l’iris, effet récurrent du film marquant ses influences burlesques, puis nous voilà au cours de Marcelo Pena, bras droit du défunt, qu’il achève en convoquant Rousseau et sa méfiance à l’égard du progrès. La comédie dramatique (plus dramatique que comique), bien qu’écrite avant l’élection de Javier Milei, semble dès lors refléter un climat d’inquiétude partagée dans un pays en crise, empêtré dans un ultralibéralisme vorace. Une inquiétude qui touche particulièrement les milieux intellectuels et culturels alors que les ressources allouées aux universités publiques, en rapport avec le taux d’inflation, ont drastiquement diminué.

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C’est pas moi

Actuellement au cinéma

© Jean-Baptiste Lhomeau

C’est pas moi, ironise Carax, arborant ce ton espiègle qui le caractérise et qui sous-tend ce film ténébreux, commandé par le musée Pompidou pour une exposition finalement avortée. À la question préliminaire « où en êtes-vous Leos Carax ? », notre dandy-clochard discret du cinéma français répond d’abord par la désignation en images du père, tandis que sa voix off à tessiture mourante se perd cocassement dans les photographies de ses aïeux artistiques, dont évidemment Godard que chacun aura ici perçu en ombre tutélaire. Une facétie pour se dérober, toujours, mais dont affleure surtout le spectre qui hante l’entièreté du métrage et du geste de Carax : le spectre d’une imposture, ou d’une posture impossible.

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Marcello Mio

Actuellement au cinéma

© Les Films Pelleas

Une affaire de famille. Tel est le cinéma d’Honoré, métafilmiquement – on y retrouve souvent des visages fidèles – et thématiquement, tâchant de redessiner les contours de la sphère familiale. Une affaire de famille, mais aussi de fantômes, ce qu’illustrait plus foncièrement que jamais Chambre 212. Dans Marcello Mio, c’est moins un spectre qui hante le présent que les vivants qui hantent les absents. Au point d’en ressusciter. Chiara Mastroianni devenant le fantôme de son père dans une fiction où chacun campe son propre rôle, participant d’une comédie rêveuse où l’identité vacille.

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Jusqu’au bout du monde

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

Guerre de sécession. « La mer, on ne la possède pas », jette Vivienne (Vicky Krieps) à Olsen (Viggo Mortensen), qui la demande en mariage avant de s’enrôler dans l’armée de l’Union. Un départ sur un mode non héroïque, un engagement pour une désertion. Désertion du foyer, de la guerre quotidienne, d’une vie simple en marge de la violence. Et de l’amour. Beau et salutaire parti pris de Viggo Mortensen dans ce Jusqu’au bout du monde, deuxième long métrage où l’on retrouve la sensibilité du premier, cette fois au cœur du Nevada, pour un western aux nobles ambitions qui risque hélas de plonger plus d’un jusqu’au bout de l’ennui.

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LaRoy

Actuellement au cinéma

© The Exchange

Dans une voiture, sous le ciel nocturne du Texas, le psychopathe n’est pas celui qu’on croit. Une ouverture sous haute tension qui place LaRoy sous le régime des apparences, de la duplicité et du malentendu. Ce dernier informe le récit, puisque c’est d’une méprise que pleuvent les mésaventures truculentes et sanglantes du pauvre Ray (John Magaro) pris à sa grande infortune pour un tueur à gages par un quidam à l’air patibulaire, mettant ainsi sur sa route un beau paquet de biftons. Alors même que notre Ray éploré manque de se griller la cervelle.

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Drive-Away Dolls

Actuellement au cinéma

© Focus Features. LLC.

Un road trip de deux lesbiennes à l’aube du troisième millénaire, traquées par des gangsters dégénérés en quête d’une valise mystérieuse qu’elles transportent par mégarde, voilà un pitch bien connu qui a de quoi faire saliver. Surtout qu’il est signé par Ethan Coen, dont le frère a été remplacé à l’écriture par son épouse, Tricia Cooke. Naturellement, on s’attendra à retrouver tout de même le ton grinçant du duo culte, sous les roues d’une intrigue au fantasque inquiétant et rocambolesque. Faux départ : privée de son copilote, la machine est en panne.

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Le Jeu de la reine

Actuellement au cinéma

© ARP Sélection

Le Jeu de la reine se livre d’abord comme un conte. Dans un royaume – notez le choix non fortuit de l’indéfini – empesté, en proie aux conflits religieux alors que la réforme luthérienne se propage dans le peuple, un roi ogre, colérique et gangrené, perpétue un climat de terreur, relate Elizabeth, future souveraine au règne glorieux. Avant elle, il y eut Catherine Parr, que le film considère en inspiratrice d’un tournant politique. En portant son regard sur l’épouse ultime d’Henri VIII, Karim Aïnouz suit le même horizon que Priscilla (Sofia Coppola, 2023) qui révisait le mythe d’un autre roi, Elvis, à travers le parcours de son épouse jeune fille. Il édifie à son tour un contre-récit, où les femmes se révèlent actrices du mouvement historique.

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Dans la peau de Blanche Houellebecq

Actuellement au cinéma

© Bac Films

Michel Houellebecq et Blanche Gardin qui s’enlacent au ralenti sur une plage des Antilles, l’image ne pouvait naître que de la tête de Guillaume Nicloux, artiste hétérodoxe, sympathisant des insolents. Après Thalasso qui se délectait des frasques de l’auteur sulfureux et de (presque feu) Depardieu, ce troisième volet des tribulations houellebecquiennes nous emmène en Guadeloupe pour un concours de sosies que préside l’humoriste. Une fois débarqués sur l’île, le récit tourne vite en aventure gonzo, enthousiasmante par ses excès et par ce qu’elle postule sur l’humour et la société, mais fatalement assommante, comme la chaleur des Caraïbes après des shots de rhum.

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