The Substance

Actuellement au cinéma

© Mubi Deutschland

Après Revenge, récit de vengeance qu’on appelle, car soyons précis, rape and revenge, The Substance tend à jouer une autre vengeance. Le très sanglant épilogue éruptif et cathartique, régurgitant à la face du « grand monde » sa cruauté envers les femmes et leur corps, la confirme et la signe. L’ambition d’une revanche du corps, de la matière, sur ce qui le fige. Le stéréotype. Et, à la manière de la victime qui retourne contre son bourreau sa violence, Coralie Fargeat s’empare frontalement du langage du patriarcat, ce male gaze bien aimé, pour en extraire la laideur.

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Juré n°2

Actuellement au cinéma

© Warner Bros

Clint Eastwood est un classique. Il est presque gnomique – classique ? – de l’écrire. Il l’est sur le plan narratif, dont le régime est celui de l’action, ce mouvement dynamique traditionnellement tendu vers deux issues possibles, autant que sur le plan esthétique : la mise en scène, discrète chez Eastwood, s’assujettit à l’action susdite. Ce qui ne l’empêche pas de la subordonner à la durée des situations, à de la mise en scène, pour mieux fouiller les émotions, l’intériorité de ses personnages (voir Sur la route de Madison, drame au régime plus duratif). Un trait qui l’érige sans conteste au rang des grands cinéastes.

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Joker : Folie à deux

Actuellement au cinéma

© 2024 Warner Bros. Entertainment Inc

Quand une suite de Joker en comédie musicale fut annoncée, certains crurent à une mauvaise blague. C’est qu’après le succès fracassant du thriller social sous fard DC Comics, couleur Nouvel Hollywood, aux résonances plus qu’inattendues, le personnage devenant un symbole de Beyrouth jusqu’à Hong-Kong du soulèvement des opprimés, le monde semblait réclamer une suite. Tout au moins la Warner.

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Dahomey

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

D’une nuit à une autre. Dans la noire obscurité de la réserve du musée du quai Branly-Jacques Chirac, gisent vingt-six trésors royaux, attendant de revenir à la vie, de renaître de ce que Mati Diop filme comme un espace limbique. Par du vide et de la durée. De cet abîme, la voix d’une statue résonne. La prosopopée, cette figure qui donne à l’objet une parole, affirme une autre voie pour la reconquête par le Bénin de son identité, de sa mémoire, ni strictement politique, ni culturelle. Une voie poétique.

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Santosh

Actuellement au cinéma

© Taha Ahmad

D’une façon discrètement singulière, la matrice de Santosh se décèle dans le point de vue qu’il adopte, en tant qu’il semble réfléchi subtilement à l’intérieur du récit par l’immersion dans un milieu d’un personnage qui lui est a priori étranger. Santosh (Shahana Goswami), dont on ne quittera pas le regard ni les affects, a perdu son mari policier, tué lors d’une manifestation violente. Via un programme légal de « recrutement compassionnel », la jeune veuve reprend l’emploi de feu son époux au sein de la police indienne. Santosh, endeuillée, hantée par son souvenir, se substitue ainsi à lui ; une femme se substitue à un homme ; un regard à un autre regard.

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Only the River Flows

Actuellement au cinéma

© KXKH Films

Les premières minutes de Only the River Flows suscitent l’espoir inopiné d’un thriller moins balisé qu’attendu. Dans un prologue métaphorique, un enfant affublé d’une cape en plastique s’amuse avec ses compagnons à reproduire une scène de poursuite. Cherchant ses amis, le faux petit flic pousse une porte donnant sur le vide, une ville dévastée, comme en chantier. Indice d’une œuvre réflexive, politique, traversée par les enjeux socio-économiques de l’époque qu’elle décrit, et d’une enquête erratique sous le régime du doute et d’une béance infranchissable.

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El Profesor

Actuellement au cinéma

© Pucara Cine

D’abord, la mort. Une crise cardiaque du professeur Caselli, titulaire de la Chaire de philosophie à l’université de Buenos Aires. Fermeture à l’iris, effet récurrent du film marquant ses influences burlesques, puis nous voilà au cours de Marcelo Pena, bras droit du défunt, qu’il achève en convoquant Rousseau et sa méfiance à l’égard du progrès. La comédie dramatique (plus dramatique que comique), bien qu’écrite avant l’élection de Javier Milei, semble dès lors refléter un climat d’inquiétude partagée dans un pays en crise, empêtré dans un ultralibéralisme vorace. Une inquiétude qui touche particulièrement les milieux intellectuels et culturels alors que les ressources allouées aux universités publiques, en rapport avec le taux d’inflation, ont drastiquement diminué.

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C’est pas moi

Actuellement au cinéma

© Jean-Baptiste Lhomeau

C’est pas moi, ironise Carax, arborant ce ton espiègle qui le caractérise et qui sous-tend ce film ténébreux, commandé par le musée Pompidou pour une exposition finalement avortée. À la question préliminaire « où en êtes-vous Leos Carax ? », notre dandy-clochard discret du cinéma français répond d’abord par la désignation en images du père, tandis que sa voix off à tessiture mourante se perd cocassement dans les photographies de ses aïeux artistiques, dont évidemment Godard que chacun aura ici perçu en ombre tutélaire. Une facétie pour se dérober, toujours, mais dont affleure surtout le spectre qui hante l’entièreté du métrage et du geste de Carax : le spectre d’une imposture, ou d’une posture impossible.

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Marcello Mio

Actuellement au cinéma

© Les Films Pelleas

Une affaire de famille. Tel est le cinéma d’Honoré, métafilmiquement – on y retrouve souvent des visages fidèles – et thématiquement, tâchant de redessiner les contours de la sphère familiale. Une affaire de famille, mais aussi de fantômes, ce qu’illustrait plus foncièrement que jamais Chambre 212. Dans Marcello Mio, c’est moins un spectre qui hante le présent que les vivants qui hantent les absents. Au point d’en ressusciter. Chiara Mastroianni devenant le fantôme de son père dans une fiction où chacun campe son propre rôle, participant d’une comédie rêveuse où l’identité vacille.

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Jusqu’au bout du monde

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

Guerre de sécession. « La mer, on ne la possède pas », jette Vivienne (Vicky Krieps) à Olsen (Viggo Mortensen), qui la demande en mariage avant de s’enrôler dans l’armée de l’Union. Un départ sur un mode non héroïque, un engagement pour une désertion. Désertion du foyer, de la guerre quotidienne, d’une vie simple en marge de la violence. Et de l’amour. Beau et salutaire parti pris de Viggo Mortensen dans ce Jusqu’au bout du monde, deuxième long métrage où l’on retrouve la sensibilité du premier, cette fois au cœur du Nevada, pour un western aux nobles ambitions qui risque hélas de plonger plus d’un jusqu’au bout de l’ennui.

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