Dogman

Au cinéma le 27 septembre 2023

© Shanna Besson – LBP–EUROPACORP–TF1

« Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien ». Outre l’incongru d’imaginer Besson lecteur de Lamartine, ou d’un livre tout court, difficile de ne pas relever que, parmi toutes les grandes figures romantiques, il fallut qu’il cite le plus grave et plaintif en exergue de Dogman. Quelques mots empruntés et le ton est donné, aussitôt confirmé par une séquence d’ouverture suintant de poisse où tonne si pesamment un air factice de mystère sous une musique écrasante. Un début qui nous assure, malgré les désastres que furent Valérian et Anna, de l’attachement indéfectible du cinéaste à ses principes d’emphase et de pathos ad nauseam.

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Le Livre des solutions

Au cinéma le 13 septembre 2023

The Jokers Films

Les films de Michel Gondry commencent souvent par une fuite. On fuit le naufrage d’un amour par l’oubli dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), l’ennui d’une vie morne dans La Science des rêves (2006), ou encore, dans son dernier long métrage Microbe et Gasoil (2015), la perspective peu réjouissante de vacances en famille. Le Livre des solutions s’ouvre ainsi par une fuite physique, une sortie de champ, qui n’est autre que l’évasion d’un cadre commercial et normatif que Gondry a toujours eu à cœur de contourner.

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Banel et Adama

Au cinéma le 30 août 2023

© Tandem films

Banel et Adama. C’est le nom d’un jeune couple qui s’aime passionnément, dans un petit village reculé du Sénégal. Mais Banel, elle, aime encore plus passionnément que l’autre. Banel et Adama, c’est aussi le nom d’un lieu. Le lieu d’un songe, celui d’un amour inconditionnel, libre absolument, vécu loin de la tribu, de tous les devoirs, du poids des traditions, et figuré par deux maisons ensevelies sous des dunes. Enfin, Banel et Adama, malgré ses nobles sentiments, c’est hélas et surtout le titre d’un film que très vite on oublie.

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Barbie

Au cinéma le 19 juillet 2023

© Warner Bros

Faire sérieusement la critique de Barbie : un événement héroï-comique qui arrive rarement dans une vie, qui plus est pour une œuvre à laquelle personne ne croyait avant que Mattel ne concrétise le projet en 2019 et ne sollicite les talents d’une autrice à la mise en scène, Greta Gerwig, accompagnée au scénario par son mari Noah Baumach. De quoi métamorphoser un cauchemar annoncé en curiosité de l’année, nourrissant quelque espoir d’y trouver, malgré la mainmise industrielle, le regard singulier de la cinéaste au service d’une satire acérée, pop et loufoque. Hélas, devant le spectacle navrant d’un récit façonné comme les standards qu’il critique, on n’espère vite plus qu’une chose de Barbie : qu’elle se flingue aux barbituriques.

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Une Nuit

Au cinéma le 5 juillet 2023

© Marie-Camille Orlando

Malgré le discret coup d’éclat que fut Guy, lequel a fait soudainement d’Alex Lutz un cinéaste à prendre au sérieux, c’est prudemment que l’on aborde Une Nuit, avec l’intuition qu’elle risque d’être longue. Il faut dire qu’on le sent venir, le Before Sunrise (Richard Linklater, 1995) version quinquas, un peu vulgaire et bovaryste, au romantisme sirupeux. Certains retours cannois en propageaient la saveur, tout comme la bande-annonce. Quelques vents que le film, et c’est heureux, dissipe. En grande partie.

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Il Boemo

Au cinéma le 21 juin 2023

© Nour Films

C’est par une transaction que s’ouvre Il Boemo. Un misérable billet, glissé vers ce qu’il reste du célèbre Josef Myslivecek, compositeur adulé quelques années plus tôt, désormais aux abois, déchu, rongé par ses balafres syphilitiques qui l’on reconduit hors du « monde », dans l’ombre, sans le sou. Contre les affres du réel, et surtout de la bonne société viciée, hypocrite et matérialiste, que peut l’artiste et son amour de la beauté ? Hélas, pas davantage que ce qu’implique la condition d’un jeune métayer de Bohême en prises avec les élites d’une Venise décadente.

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Love Life

Au cinéma le 14 juin 2023

© LOVE LIFE FILM PARTNERS & COMME DES CINEMAS

Être en couple, c’est tenter au présent de mêler deux passés pour bâtir un futur. Entreprise périlleuse, défi aux contingences du réel, vérité amère et puissante que Love Life dévoile délicatement au prisme du mélodrame. Un genre auquel Kôji Fukada donne un nouvel éclat, soudainement capable via ses artifices dramatiques de faire jaillir la complexité des êtres, d’en déployer les replis sans jamais trahir leurs mystères.

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Perfect Days

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

On le croyait perdu notre poète des paysages, sauvages ou urbains, errant comme ses personnages, égrenant ça et là quelques documentaires oubliables et fictions peu inspirées, pour ne pas dire ratées. On le retrouve au Japon, notre cinéaste itinérant, admirateur d’Ozu dont il avait suivi les traces en 1985, dans son documentaire Tokyo Ga. Avec un art similaire de l’épure, du cadrage et de la durée, Wenders arpente de nouveau la capitale sous un visage inattendu : celui de ses toilettes publiques.

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Kubi

Festival de Cannes 2023

KADOKAWA © T.N Gon Co., Ltd.

À l’issue de la projection cannoise, Takeshi Kitano nous rassure : la prochaine fois, il viendra avec un meilleur film, nous dit-il, fidèle à la désinvolture qu’on lui connaît. Dommage qu’elle ne se déchaîne pas à la hauteur de ce que promettait Kubi, sa nouvelle incursion dans le genre chanbara 20 ans après Zatoichi. Un film au budget conséquent pour un film japonais qui mériterait donc pour son réalisateur la Palme de la lucidité.

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Jeanne du Barry

Au cinéma le 16 mai 2023

© Stéphanie Branchu / Why Not Productions

Il n’y avait que la provocante Maïwenn, qui aime tant susciter l’ire d’un certain féminisme, pour se pencher sur la destinée de Jeanne du Barry, la plus sulfureuse et dernière favorite du souverain Louis XV. Il fallait aussi Johnny Depp sous la perruque poudrée du « Bien aimé », une plainte pour agression à l’encontre de la cinéaste et une sélection à l’ouverture du festival de Cannes pour achever le tableau par-delà la fiction, l’autoportrait criant d’une artiste ambitieuse et libre qui érige le scandale en principe.

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