L’Amour qu’il nous reste

Actuellement au cinéma

© Hlynur Pálmason

On découvre beaucoup du cinéaste Hlynur Pálmason dans L’Amour qu’il nous reste. La maison de cette famille (à demi) fictionnelle, dont les parents Magnús et Anna, insensiblement, se séparent, est la sienne ; la maison défraîchie dont on décroche la toiture en ouverture fut la sienne ; les deux garçons un tantinet grivois sont les siens, tout comme les poules du jardin, encore, et les œuvres d’art d’Anna (Saga Garðarsdóttir), mère qui se démène au foyer comme dans son atelier en plein air où elle imprime sur des toiles blanches la rouille de divers objets disposés. Parce que Pálmason, en plus d’être un cinéaste, est un plasticien. Quelle incidence ? Un film, malgré sa richesse d’inventions, ses ruptures génériques et son émotion subtile, un peu sous cloche, un peu amoindri par sa sophistication.

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Fantôme utile

Actuellement au cinéma

© 185 FILMS CO.,LTD.

L’affinité essentielle qui relie fantôme et cinéma a fait l’objet de tant de commentaires que son occurrence tutoie l’évidence, ou pire : le cliché. Au moins autant que l’analogie du train, motif filmique par excellence depuis les frères Lumière, où le voyageur immobile se fait le spectateur d’images, de paysages, en mouvement. On retrouve donc des spectres – et à foison –  dans ce Fantôme utile, apparaissant dans un format d’image assez rare et désuet (le 1.66:1) qui manifeste, plus qu’une coquetterie chichiteuse, une conscience historique et esthétique de ces rapports chez son jeune auteur, Ratchapoom Boonbunchachoke, qui trouvent ici un écho politique aussi détonnant que bienvenu.

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Le Rire et le Couteau

Actuellement au cinéma

© Météore Films

À l’aube du XXIe siècle, la représentation fictionnelle du néo-colonialisme est sujette à plusieurs biais. Un thriller farcesque et conradien dans un Tahiti anticipé (Pacifiction), un récit fleuve et romanesque dans l’Oklahoma des années 1920 (Killers of the Flower Moon), un drame atmosphérique à Madagascar au début des années 70 (L’Île rouge) : ces quelques essais récents partagent une tendance aux détours — qu’ils soient esthétiques, narratifs ou temporels — pour aborder la question. En bref, regarder le contemporain par l’ailleurs : un ailleurs situé dans le passé chez Scorsese et Campillo, ou au conditionnel chez Serra. C’est également dans cette forme conditionnelle que s’ancre, à première vue, Le Rire et le Couteau, nouveau long-métrage de Pedro Pinho, suivant Sergio, un jeune ingénieur portugais envoyé dans une ville fictive de Guinée-Bissau pour rédiger un rapport d’impact préalable à la construction d’une route traversant la région.

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Baby

Actuellement au cinéma

© CUP FILMES

Baby aurait de quoi horripiler. Ses plans urbains, déambulatoires, dans une Sao Paulo décrépie, ses couleurs pétulantes et sa mélancolie vague peinent à le débarrasser, dans notre esprit, des références qui le recouvrent. Certains films témoignent moins d’un regard que d’une filmographie. Quand toutefois cette filmographie, soit les référents filmiques, traduit un rapport au monde, on dit le film postmoderne. Quand la filmographie manque de se réfléchir, on le dit maniériste. Force est de constater que Baby porte un peu de maniérisme en lui.

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La Chambre d’à côté

Actuellement au cinéma

© Pathé films

L’année 95 avait son duo de stars de la décennie, Pacino et de Niro, enfin réunis dans Heat (Michael Mann, 1995). 2025 a le sien, d’une teinte un brin différente. Un côte-à-côte au lieu d’un face-à-face, de deux des plus grandes actrices du siècle : Julianne Moore et Tilda Swinton. Duo magnifié dans un récit d’une mort annoncée, funèbre mais sans lugubre, tragique mais (quasi) dénué de larmes, enneigé, in fine, mais de flocons rosés. Fidèle à ses accents sirkiens, la mort chez Almodovar se pare des atours les plus chaleureux, informés par l’éthique qui sous-tend le film. Une éthique au fondement d’une esthétique, l’une étant réciproquement l’affaire de l’autre. Sauf dans les mauvais films.

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Kill

Actuellement au cinéma

© Originals Factory

Des années après la sortie de son premier film Brij Mohan amar rahe sur Netflix, polar comique maladroit, le réalisateur Nikhil Nagesh Bhat revient avec une œuvre d’un genre tout autre, à la violence survoltée que ne laissait pas présager son début de carrière. Le bien-nommé Kill débarque auréolé d’une enthousiasmante tournée en festival, notamment la finale du Midnight Madness à Toronto, section célébrant les récits de genre sans concession. Ce qu’on pourrait supposer être une nouvelle perle underground du 7ème art propose une formule simpliste : une guerre sans pitié et manichéenne confinée au sein de quelques wagons d’un train.

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Dahomey

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

D’une nuit à une autre. Dans la noire obscurité de la réserve du musée du quai Branly-Jacques Chirac, gisent vingt-six trésors royaux, attendant de revenir à la vie, de renaître de ce que Mati Diop filme comme un espace limbique. Par du vide et de la durée. De cet abîme, la voix d’une statue résonne. La prosopopée, cette figure qui donne à l’objet une parole, affirme une autre voie pour la reconquête par le Bénin de son identité, de sa mémoire, ni strictement politique, ni culturelle. Une voie poétique.

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Emilia Pérez

Actuellement au cinéma

© Pathé

Une comédie musicale de Jacques Audiard. Voilà de quoi intriguer (ou inquiéter). Depuis Les Olympiades, où il s’intéressait à la circulation du désir au sein d’un groupe de jeunes parisiens, Audiard s’éloigne de plus en plus de ses œuvres précédentes. Aussi bien dans les thématiques abordées que dans leur mise en scène, le cinéaste de soixante-douze ans insuffle différentes formes de modernité à son cinéma. Avec Emilia Pérez, il continue de surprendre et de séduire. 

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Ça tourne à Séoul ! Cobweb

Au cinéma le 8 novembre 2023

© The Jokers / Bookmakers

Figure centrale de la nouvelle vague sud-coréenne, Kim Jee-woon fait office d’oublié, plus enclin à ravir le public que la critique. Auteur touche-à-tout, à l’aise dans le thriller sanglant (J’ai rencontré le diable, 2011) comme le fantastique (Deux sœurs, 2003), il revient à ses origines avec la comédie dramatique à la violence bon enfant et aux loosers magnifiques. Il piège Song Kang-ho (star de Parasite) en réalisateur au centre du tournage chaotique d’un mélo insignifiant, Dans la Toile, dans la Corée des années 70. Gangréné par le manque de moyen, les magouilles administratives et la censure d’une dictature quasi-mafieuse, le protagoniste semble être le seul à croire en son projet, selon lui chef-d’œuvre progressif et féministe qui prouvera à tous son talent.

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The Old Oak

Au cinéma le 25 octobre 2023

© Wild bunch Germany

À 87 ans, l’ancien combattant Ken Loach paraît plus que jamais fatigué. Au moins autant que son héros las mais résistant TJ Ballantyne, tenant à bout de bras son Old Oak (en français : vieux chêne…), dernier pub de son village minier du nord de l’Angleterre, paupérisé suite aux fermetures successives des mines, dans l’indifférence étatique. Alors que viennent s’y installer plusieurs familles de réfugiés syriens, notre brave Ballantyne, dont le nom rime avec « choukrane » (et qui a une lettre près s’appelait comme le whisky), choisit, sous l’impulsion de sa jeune amie Yara, d’ouvrir deux fois par semaine dans son bar une cantine gratuite pour les nécessiteux, accueillant familles de réfugiés et de déclassés.

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