Il aura fallu attendre un film de guerre pour voir Roberto Minervini changer son fusil d’épaule. Pour la première fois, le cinéaste italien s’éloigne d’une facture proprement documentaire pour nous plonger dans une fiction, au cœur du grand Ouest américain durant la guerre de Sécession.
Si son titre fait état d’une singularité, Presence est pourtant l’objet de paradoxes pluriels. Quoi de mieux qu’une telle œuvre pour un cinéaste comme Steven Soderbergh, qui multiplie les projets insolites depuis sa fausse “retraite” en 2013 ?
Julie s’est faite agresser, mais elle se tait. Même lorsque son entraîneur est suspendu, qu’elle est assurée de ne plus le revoir, elle préfère garder son histoire pour elle. Alors elle s’enferme, avant de peu à peu s’ouvrir aux autres. Julie se tait est le récit de cette lente progression vers la lumière, d’un combat intérieur qui nous sera accessible par bribes.
Un parfait inconnu est certainement à la hauteur de son titre. À l’instar de Todd Haynes, qui signait I’m Not There il y a dix-sept ans, James Mangold n’ambitionne pas de percer le mystère qu’est Bob Dylan. Le cinéaste, déjà aguerri dans l’art du biopic, choisit avec Un parfait inconnu d’explorer la transformation de Robert Zimmerman en Bob Dylan en s’inscrivant dans les rouages classiques du genre qui visent à venir cueillir le succès d’une légende naissante.
« Sodade, sodade… » Dans Je suis toujours là, le nouveau film du brésilien Walter Salles, la voix de la chanteuse Cesaria Evora déplore le tiraillement causé par l’absence et la séparation. La chanson résonne avec la douleur qu’éprouve Eunice Paiva (Fernanda Torres, bouleversante) suite à l’arrestation et à la disparition inexpliquée de son mari, Rubens Paiva. Le sentiment intraduisible de la « sodade », tout à la fois mélancolie, nostalgie et espoir de retrouver ce qui a été perdu, innerve le film jusqu’à son titre qui exprime une résistance face à la disparition.
“Les gens ne vont pas croire les images de ce film”. La remarque que lance le paléobotaniste Mark Brown a de quoi sonner hyperbolique et, pourtant, au fil de ses pérégrinations, le constat est sans appel : Sept promenades avec Mark Brown est effectivement d’une beauté incandescente. La splendeur d’un tel objet ne saurait être résumée par quelque “cinematography” ou autre notion creuse, cherchant à englober les nuances de l’image sous une seule tutelle. Au contraire, si le documentaire de Pierre Creton et Vincent Barré émerveille autant, c’est qu’il découle précisément de regards pluriels et irréguliers.
En 1999, Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick) s’ouvrait sur la préparation d’un couple bourgeois new-yorkais interprété par Nicole Kidman et Tom Cruise, en retard pour une réception. Dans la salle de bain, Alice Hartford, robe de gala et mise en pli impeccable, s’enquérait de son apparence auprès de son mari Bill, qui lui répondait d’un laconique « parfaite ». Lui reprochant de ne même pas l’avoir regardée avant de répliquer, la jeune femme se voyait finalement objecter un définitif : « tu as toujours l’air belle ».
Jusqu’alors adepte de l’autobiographie romanesque, Arnaud Desplechin se lance avec Spectateurs ! dans un genre inédit, mêlant documentaire et fiction, pour offrir un discours introspectif sur sa propre pratique de spectateur et de cinéaste. Nous avons eu l’opportunité de le rencontrer lors d’un café, un moment privilégié pour interroger plus en profondeur sa cinéphilie érudite.
Quelle est votre pratique de spectateur aujourd’hui ?
C’est une activité précieuse.Ma pratique de spectateur en salles est plus irrégulière que lorsque j’étais plus jeune. Elle passe désormais davantage à travers les écrans de télévision. J’aime regarder les films chez moi sur des chaines de télévision et l’idée que le déroulement du film soit indépendant de ma volonté comme au cinéma.
Comment votre activité de réalisateur influence t-elle cette pratique ?
Mon rapport au cinéma reste compulsif, mais ma façon d’aborder les films a évolué. Je m’efforce désormais de me laisser influencer plus consciemment par les films que je regarde, en cherchant à comprendre la mécanique de leur fabrication. Je m’interroge, par exemple, sur la construction d’un plan ou sur les choix qui sous-tendent une mise en scène.
L’année 95 avait son duo de stars de la décennie, Pacino et de Niro, enfin réunis dans Heat (Michael Mann, 1995). 2025 a le sien, d’une teinte un brin différente. Un côte-à-côte au lieu d’un face-à-face, de deux des plus grandes actrices du siècle : Julianne Moore et Tilda Swinton. Duo magnifié dans un récit d’une mort annoncée, funèbre mais sans lugubre, tragique mais (quasi) dénué de larmes, enneigé, in fine, mais de flocons rosés. Fidèle à ses accents sirkiens, la mort chez Almodovar se pare des atours les plus chaleureux, informés par l’éthique qui sous-tend le film. Une éthique au fondement d’une esthétique, l’une étant réciproquement l’affaire de l’autre. Sauf dans les mauvais films.
Voyage à travers l’Histoire chinoise et les formes cinématographiques, Les Éternels, dernier opus de Jiǎ Zhāng-Kē, apparaissait comme un chant du cygne pour le cinéaste. L’ultime plan – une caméra de surveillance (dans le film) capturée par la caméra numérique (hors-film) –, réflexion du numérique sur lui-même, amenait à une interrogation légitime quant à l’avenir de son auteur : que reste-t-il à filmer lorsque l’image a parcouru l’Histoire et finit par se contempler elle-même ? De prime abord, en retournant vingt ans en arrière, Les Feux sauvages évite la question pour réitérer un même programme rétrospectif. Pourtant, le voyage opéré diffère cette fois-ci par l’origine des images déployées, à la fois documentaires, d’archives ou de scènes (coupées ou non) des précédents longs-métrages de l’auteur, mais aussi nouvellement tournées durant le COVID.