Les meilleurs films de 2025

Tardes de soledad, Albert Serra © Dulac Distribution

Déterminés que nous sommes par des normes ou des pratiques sociales et communautaires bien ancrées, impossible d’échapper à la tradition immuable de la communauté cinéphile : le top annuel. Alors que l’an 2025 est en voie de s’éteindre, rallumons le un peu, à l’aune des quelques films qui auront marqué notre rédaction. L’année dernière, c’est La Zone d’intérêt qui fut l’événement incontesté. Cette fois, pas un choc partagé, mais quatre œuvres plébiscitées : Une bataille après l’autre, film d’action qu’on n’attendait pas de la part de Paul Thomas Anderson, L’Aventura de Sophie Letourneur, qui confirme son statut d’ovni dans le ciel du cinéma mondial, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, errance brésilienne, tortueuse et colorée de Wagner Moura, et surtout le documentaire sidérant d’Albert Serra, Tardes de soledad, dont la radicalité, bien qu’éprouvante voire dérangeante, aura au moins eu le mérite d’accomplir ce que le cinéma désormais semble accomplir si peu : donner à voir des images neuves, qui ne soient pas des images d’images. Des images de la même trempe que celles dont parlait l’écrivain Jean Cayrol, collaborateur de Nuit et Brouillard, lorsqu’il disait que « l’image devient un art quand elle nous impose un regard auquel nous ne nous habituons pas ». Peut-être l’année 2026 nous en offrira-t-elle. Nous l’espérons.

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Bird

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Pour sa quatrième fois en compétition au Festival de Cannes, Andrea Arnold revient avec un film qui, de prime abord, semble dûment poursuivre l’esthétique et les thématiques qui la caractérisent. Comme à son habitude, la réalisatrice déploie un cinéma instinctif en filmant au plus près de son sujet, ici Bailey, avec une caméra à l’épaule visant, en sus de capter les tumultes de l’adolescence et la gravité du monde, à incarcérer son personnage dans un squat maculé de graffitis au nord du Kent où elle vit avec son père et son grand frère. Cette enfant de 12 ans, au seuil de l’adolescence, et déjà chargée de responsabilités injustifiées à cause de parents trop jeunes pour savoir s’en occuper, nourrit une fascination pour les volatiles. Loin d’être de mauvais augures, les oiseaux jouent un rôle salutaire pour le personnage. Comme eux, elle voudrait s’envoler pour échapper à sa condition précaire mais elle est vite rattrapée par la réalité, séquence d’introduction à l’appui. Bailey, qui capture sur son téléphone des oiseaux dans un geste contemplatif, est brusquement interrompue par Bug (“insecte” qui poursuit la riche onomastique animalière du film), qui débarque tous azimut sur sa trottinette électrique et la reconduit dans le squat.  

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